Quand Saint Louis venait châtier les poitevins

 

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En ce temps-là, les poitevins étaient réputés fourbes, sans parole et sans honneur. Les barons poitevins, s’entend, naturellement, car qui se souciait du peuple ? Mathieu Paris, moine chroniqueur anglais du XIIIe siècle, parle même à plusieurs reprises de la « trahison innée chez les poitevins »[i].

Que leur reprochait-on ? De faire tantôt soumission au roi de France, tantôt au roi d’Angleterre, au gré des événements et de leurs intérêts, et au mépris des serments prêtés. Depuis près d’un siècle, les deux monarques se disputaient le Poitou : la province passait en partie sous la domination de l’un des suzerains, puis sous celle de l’autre, sans jamais appartenir tout à fait à l’un ni à l’autre. Outre leur intérêt particulier du moment, sans doute les barons poursuivaient-ils un but plus général : préserver leur indépendance en neutralisant l’un par l’autre les deux adversaires. Aussi, quand un baron se vendait au plus puissant pour en tirer les meilleurs avantages, un autre s’alliait avec le plus faible ou le plus éloigné dans l’espoir que sa domination serait plus légère.

Au début du XIIIe siècle néanmoins, en plusieurs campagnes successives, le roi de France prit un avantage décisif : la province toute entière, villes et châteaux, fit sa soumission. La lutte semblait terminée quand éclata la dernière révolte des féodaux conduite par le comte Hugues X de Lusignan. Et c’est pour la mater définitivement qu’en 1242, Louis IX convoqua le ban et l’arrière-ban de son royaume et, à la tête d’une armée formidable, s’avança vers le Poitou.

 

La forteresse de Frontenay

 

Qui se douterait aujourd'hui en se promenant dans les vieilles rues de Frontenay Rohan-Rohan, ‑ petite commune de 3 000 habitants, partagée en deux par la route, tracée au XVIIIe siècle[ii] , de Niort à La Rochelle, ‑ qu’il suit les douves d’une des plus puissantes forteresses du Poitou au XIIIe siècle ? Imagine-t-on qu’à l’endroit même de la route goudronnée et des maisons anciennes, se dressait selon le même Mathieu Paris, « un château très fortifié, entouré d’une double enceinte de murailles que soutenaient de très fortes et grosses tours » ? Que du haut des remparts, les défenseurs pouvaient voir dans la campagne environnante les campements de l’immense armée ? Qu’ils se désignaient du doigt un chevalier portant sur son haubert les trois fleurs de lys, celles du roi de France lui-même ?

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On chercherait en vain la puissante citadelle qui au XIIIe siècle défendait le bourg de Frontenay-Rohan-Rohan

 

Les ruines imposantes du château du Coudray-Salbart, près de Niort, l’enceinte non moins impressionnante du château de Loches, peuvent donner une idée de la citadelle de Frontenay[iii]. Qu’en reste-t-il aujourd'hui ? Rien. Rien au moins d’apparent. Dans un ouvrage[1] édité en 1940 et qui nous a servi de guide tout au long de ce récit, le chanoine Emile Bourdeau précise, ici[iv] : « l’emplacement de l’une de ces tours est encore visible, à la surface du chemin », là : « M. Victor Nourrisson, en creusant à l’angle N.-E. de l’ancien champ de foire aux moutons, a découvert les substructions très profondes d’une autre tour avec une poterne descendant dans la douve », ou encore : « en creusant une fosse, dans son atelier, qui se trouvait entre ces deux tours, M. Maxime Métayer est tombé sur un large mur en belles pierres de taille ». Une seul tour subsistait au XVIIIe siècle, elle figure encore sur le plan cadastral de 1839. Mais les fosses ont été comblées, les traces ont été noyées sous les remblais et le bitume, la dernière tour a été rasée en 1861, et il n’est même plus possible de montrer aujourd'hui, à l’amateur d’histoire, une belle pierre de taille à ras du sol, en lui disant : « Voilà tout ce qu’il reste de la puissante forteresse de Frontenay ! »

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Les murailles actuelles du château du Coudray-Salbart peuvent donner une idée de la citadelle de Frontenay

 

Pourtant, les substructions demeurent sans doute sous les rues et les maisons, et plus d’un Frontenaysien ignore en descendant dans sa cave qu’il passe tout près d’un mur construit huit siècles plus tôt. A défaut de raser tout le centre bourg pour y engager des fouilles (ce qu’on ne saurait souhaiter !), il est permis d’espérer qu’un jour un procédé permettra de « lire » ce qui se cache sous le sol : et l’on verra se dessiner, à peu près intacte, la fameuse double enceinte.

En attendant, on se reportera à l’ouvrage du chanoine Bourdeau qui, grâce aux différentes traces trouvées ici et là, a pu reconstituer approximativement le tracé des remparts. Ecrit pour les Frontenaysiens de son temps, son texte apparaît savoureux au lecteur d’aujourd'hui : « les douves devaient passer sur l’emplacement de la Justice de Paix, pour s’arrondir dans le terrain de M. Imbert et rejoindre l’asile des Vieillards, la maison Bonnin, les jardins de M. Breuillac, de Mme Raison, la cour de l’Ecole des filles, les jardins de M. Giannesini et de la Perception, et finalement pénétrer dans les servitudes de la Pharmacie, pour sortir par le portail commun de M. Plumereau et de Mme Flogeac.[v] » Malheureusement, les hommes sont plus éphémères que les édifices, et après 70 ans, les maisons citées ci-dessus ont changé d’affectation ou de propriétaire. Mais grâce à l’aide d’un ancien Frontenaysien[2], il a été possible de retrouver le tracé proposé par le chanoine Bourdeau et de le représenter sur le plan cadastral de 1839.

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Le plan cadastral de 1839, sur lequel on dessiné l'emplacement supposé des remparts de la citadelle

E = Eglise (clocher du XIIe siècle), F = fontaine d’Ayron (sur l’emplacement des anciennes douves), H = Halles (dressées vers 1220, détruites en 1922), T= ancienne tour (démolie en 1861)

 

La rue de la fontaine d’Ayron s’enfonce dans l’emplacement des anciennes douves ; les anciennes halles, érigées vers 1220 et auxquelles le moyen-âge donnait le nom si évocateur de : cohue, ont été détruites en 1922 pour laisser la place à un Monument aux morts[vi] ; l’église, édifiée au XIe siècle, a été dévastée pendant la guerre de Cent Ans, relevée au XVe siècle, brûlée pendant les guerres de religion, restaurée encore. Levons les yeux vers le clocher roman : érigé au milieu du XIIe siècle[vii], maintenu grâce au soutien de puissants contreforts, il est le seul monument subsistant à avoir assisté aux événements de 1242.

 

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Les anciennes halles sur la grand'rue, devant l'église

 

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Erigé au XIIe siècle, le clocher de l'église de Frontenay-Rohan-Rohan est le seul témoin subsistant des événements de 1242

 

On peut donc maintenant, plan en main, faire, au ras du sol, le tour des remparts que les défenseurs parcouraient en 1242 sur leur chemin de ronde. Et l’on vient à se demander : comment le roi de France a-t-il été conduit à assiéger en personne, à la tête de ses milliers de chevaliers et de fantassins, notre petite cité ?

Ceci est une longue histoire.

 

Un siècle de trahisons

Trahisons dans la famille Plantagenêt

 

Henri II Plantagenêt

Assurément, quand il fut reconnu en 1151 duc de Normandie[viii] à l’âge de 18 ans, Henri Plantagenêt n’imaginait pas la prodigieuse fortune qui serait la sienne. Un mois après, il obtenait le comté d’Anjou à la mort de son père, contre la volonté de celui-ci qui l’avait accordée à son frère cadet Geoffroy. L’année suivante, nouvel accroissement de puissance : il épousait Aliénor, duchesse d’Aquitaine et comtesse du Poitou. Encore deux ans et, par la négociation et la force des armes,  faisant valoir des droits contestables hérités de sa mère, Henri montait sur le trône d’Angleterre sous le nom de Henri II. Frustré de l’Anjou, son frère cadet, en permanente insoumission, se consola avec le comté de Bretagne que les barons lui accordèrent après avoir chassé leur seigneur. Mais en 1158, ce frère mourait : et la Bretagne, toujours par les armes et la négociation, tombait entre les mains d’Henri II[ix]. Encore quelque années pour asseoir son autorité et le voici, en 1169, à 36 ans, maître de l’Angleterre et de la moitié ouest de la France, le plus puissant monarque d’Occident[x].

Or, cet extraordinaire empire ne constitue pas un Etat, mais un agrégat de fiefs réunis dans les mêmes mains par la puissante volonté d’un homme et le hasard des circonstances. Nous n’en sommes pas encore au XIVe siècle qui verra se créer sous l’action de Philippe le Bel l’ébauche d’un Etat moderne. Henri II est un homme du XIIe siècle : sa mentalité est toute féodale. Sa postérité, il ne l’envisage pas dans une grande construction politique destinée à lui survivre, mais dans son lignage. Aussi, dès cette année 1169, fait-il le partage de ses fiefs entre ses quatre fils[xi] : l’Angleterre[xii], la Normandie et l’Anjou à l’aîné Henri le Jeune, l’Aquitaine et le Poitou à Richard, la Bretagne à Geoffroy ; Jean, qui n’a alors que trois ans, ne reçoit rien, et en gardera devant l’Histoire le nom de Jean sans Terre. Le principal souci d’Henri à cette heure est de leur imposer sa volonté après sa mort, lui qui n’a pas respecté celle de son père. D’empêcher, comme il l’a fait, la confiscation par l’aîné de l’ensemble de l’héritage, et la rébellion des cadets. Et pour mieux sceller son choix, il leur fait rendre hommage, pour ses terres du continent, à leur suzerain légitime, Louis VII. Dans une belle cérémonie, Henri le Jeune et Richard mettent leur main entre celles du Capétien, lui jurent fidélité et échangent avec lui un baiser sur la bouche. Ainsi les fils du puissant roi d’Angleterre font-ils leur soumission au modeste roi de France. Etonnant paradoxe, quand on songe que le domaine du Capétien est cinq fois moins étendu que l’empire anglo-angevin[xiii]. Contradiction qui sera lourde de consé­quences.

Rassuré au sujet de ses fils, Henri II peut se consacrer à l’organisation de son vaste empire. C’est à cette époque un homme sûr de lui, fin politique, grand administrateur, brillant homme de guerre, mais qui se laisse peu à peu griser par le sentiment de sa puissance et glisse vers un autoritarisme de plus en plus brutal. Tous ses succès, il les a obtenus avec le soutien et l’assistance d’Aliénor. Mais le temps a bientôt distendu les liens entre les époux, Henri a pris des maîtresses, notamment la « belle Rosemonde » que célèbreront en Angleterre nombre de ballades et de drames en vers[xiv]. C’est plus qu’Aliénor ne peut supporter. Alors, Henri trouve à ces difficultés une solution qu’il croit habile et politique : celle d’inviter Aliénor à rentrer dans sa chère Aquitaine et son Poitou. Ainsi pourra-il afficher sans contrainte sa liaison avec Rosemonde, et gouverner l’Angleterre à Londres, pendant qu’Aliénor tiendra sa cour à Poitiers et gouvernera ses terres au nom de son époux. Elle recevra de lui ses volontés, et les imposera à des vassaux plus enclins à obéir à leur suzeraine directe qu’à un lointain roi d’Angleterre. Ainsi conjuguera-il au mieux intérêts politiques et vie privée.

Mais c’est compter sans la personnalité d’Aliénor.

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La singulière postérité d'Aliénor d'Aquitaine : un fils assassin, un petit-fils assassiné, un arrière-petit-fils canonisé

 

Henri ne tarde pas à s’en rendre compte. En 1173, pendant qu’on célèbre les fiançailles de Jean sans Terre, il a la surprise de voir Henri le Jeune protester publiquement et exiger la possession immédiate d’une partie au moins de ce qui lui est promis. Henri refuse net : un fils qui veut hériter du père sans même attendre sa mort ? C’est alors que le comte de Toulouse me Henri en garde[xv] : est-il sourd et aveugle ? Ne voit-il pas qu’Aliénor dresse ses enfants contre leur père ? Qu’elle attise la révolte de ses vassaux poitevins et aquitains ? L’avertissement du comte est juste. Aliénor envoie Richard et Geoffroy se réfugier chez Louis VII, et Henri le Jeune quelque mois plus tard les rejoint[xvi]. A Paris, le roi de France, jouant habilement son rôle de suzerain, convoque une assemblée où les grands peuvent exposer leurs griefs contre Henri II : il se donne un prétexte pour  faire la guerre à son vassal, et, aux barons mécontents d’Henri, de faire la guerre à leur suzerain. Une coalition se forme ainsi autour des fils d’Henri, sous l’égide du roi de France et l’inspiration occulte d’Aliénor. A la fin de l’année, des barons se soulèvent en Angleterre, en Normandie, en Aquitaine, en Poitou, pendant que Louis VII, aux côtés d’Henri le Jeune[xvii], assiège un château d’Henri II[xviii].

Henri voit avec douleur son total isolement. Dans une lettre au pape[xix], il se plaint de « la malice de ses fils, que l’esprit d’iniquité a armés contre leur père au point qu’ils trouvent une gloire et un triomphe de le poursuivre », et ajoute : « Mes amis se sont éloignés de moi, mes familiers en veulent à ma vie ». Mais sa forte personnalité prit bientôt le dessus, et ses talents militaires joints au manque d’union entre les rebelles lui permit de les mater les uns après les autres. La chance même lui sourit. Un soir[xx], près de Poitiers, des hommes à sa solde se heurtèrent à un petit groupe de cavaliers et les capturèrent car ils étaient poitevins. Parmi eux se trouvait Aliénor, déguisée en homme. Henri la fit conduire en Angleterre et retenir prisonnière aussi longtemps qu’il vivrait. Fin 1174, les fils rebelles se soumirent. La victoire pour Henri est complète.

Néanmoins, l’alerte a été chaude, et il comprend la nécessité de renforcer son empire. Et pour commencer, d’apaiser les appétits de ses fils. Il satisfait donc leurs revendications, concédant à Richard le gouvernement effectif de l’Aquitaine et à Geoffroy la possession de la Bretagne. Reste le cas ambigu de l’aîné, Henri le Jeune, couronné roi d’Angleterre conjointement avec son père mais sans pouvoir réel, et celui de Jean, qui, à huit ans, confirme son surnom de sans Terre, et ne reçoit que des rentes disséminées partout. Solution provisoire : Henri le Jeune ne manquera pas de s’impatienter si son père tarde à mourir, et Jean ne demeurera pas toujours un enfant. Tandis que Richard réconcilié avec son père assoit leur autorité sur le Poitou en matant ses alliés de la veille, nul ne doute que le temps bientôt rebattra les cartes.

Mais pour l’instant, le roi d’Angleterre, conforté par ses succès, s’emploie à accroître encore son pouvoir, à l’intérieur en perfectionnant l’administration de son empire, à l’extérieur en jetant les bases d’une politique visant à l’hégémonie sur l’Europe entière[xxi]. Après avoir marié une de ses filles à un prince germanique, il marie l’autre au dernier roi de Sicile ; il se mêle même des affaires du royaume de Jérusalem. Avec les années, son autoritarisme tourne au despotisme[xxii]. Face à lui, le roi de France, modeste et timoré, ne pèse pas lourd, les confrontations entre les deux hommes ont toujours tourné à la confusion du Capétien. Mais en 1180, celui-ci meurt, et le jeune homme qui monte sur le trône et que l’Histoire connaîtra sous le nom de Philippe-Auguste, se montrera d’une toute autre trempe.

Bientôt[xxiii], l’inévitable se produit : Henri le Jeune se décide à exiger de son père un pouvoir effectif. Plutôt que se déposséder d’une partie de ses fiefs, Henri préfère en déposséder son autre fils Richard. Refus de Richard. Concession d’Henri II : que Richard cède alors l’Aquitaine à titre provisoire, elle lui reviendra quand Henri le Jeune obtiendra la part qui lui revient. Cette fois, c’est Henri le Jeune qui refuse cette concession. Le roi d’Angleterre est dépassé.

Les barons poitevins en profitent pour entrer dans la querelle en prenant parti pour Henri le Jeune, c'est-à-dire contre leur seigneur Richard. Henri II charge son troisième fils Geoffroy de venir en aide à Richard, mais il s’allie au contraire avec Henri le Jeune, et Henri II se voit obligé de faire la guerre à ses deux fils. Philippe-Auguste ne manque pas d’entrer à son tour dans la querelle en envoyant des troupes aux rebelles.

L’affaire se résout de la manière la plus simple : en juin 1183, Henri le jeune meurt de la dysenterie. En septembre, Henri II (qui n’avait pas voulu se rendre auprès du défunt de peur d’un guet-apens[xxiv]) réunit ses autres fils pour leur exposer la nouvelle combinaison qu’il a imaginée : Richard prendra la part d’Henri, et Jean, qui ne méritera plus son surnom de sans Terre, prendra celle de Richard. Mais c’est sans compter sur l’attachement de Richard à l’Aquitaine et au Poitou qu’il gouverne depuis de nombreuses années, ni sur l’opinion de Geoffroy qui, au contraire des deux autres, ne trouve aucun avantage à la mort de son frère. Henri II refusant d’écouter leurs revendications, tout le monde est mécontent.

En 1184, Jean - il a maintenant 18 ans ‑ mène des expéditions contre Richard pour s’emparer de l’Aquitaine. L’année suivante, c’est au tour de Geoffroy. A bout d’expédient, Henri II va jusqu’à imaginer de libérer Aliénor pour obliger Richard à rendre l’Aquitaine à sa mère. Richard obéit : Henri II s’empare de l’Aquitaine, mais il ne libère pas Aliénor. Et au lieu de l’Aquitaine, il donne à Jean l’Irlande rebelle, à charge pour lui de la reconquérir.

Pendant que les Plantagenêt se déchirent, le nouveau roi de France se tient à l’affût, prêt à saisir toute occasion favorable. D'abord, c’est Geoffroy qui se tourne vers lui, comprenant qu’il n’a rien à attendre de son père. Le Capétien l’accueille et lui fait fête. Mais Geoffroy meurt. Après de bruyantes manifestations de douleur et de spectaculaires funérailles, Philippe-Auguste se tourne vers les autres fils. Richard s’est réconcilié avec son père qui l’a désigné son successeur. Mais ce n’est plus assez, il a maintenant 30 ans, et comme Henri le Jeune, il ne veut plus attendre la mort de son père pour prendre le pouvoir. Il se rend à l’invitation de Philippe-Auguste qui le reçoit superbement. Inquiet, Henri II le rappelle : mais il a déjà compris que son fils lui échappe.

Alors, pour le garder de force dans la fidélité, il le maintient dans l’incertitude s’il ceindra ou non la couronne d’Angleterre. Mais Philippe-Auguste n’a pas de peine à semer le trouble dans le cœur de Richard. Jean n’est-il pas le fils préféré d’Henri ? C’est lui sûrement sera couronné.

En 1188[xxv], lors d’une entrevue entre les deux rois, exhortés par le pape de mettre fin à leurs querelles et de prendre la croix pour reconquérir Jérusalem, Henri a la pénible surprise de voir Richard s’avancer aux côtés de Philippe-Auguste. La suite confirme ses craintes. Le roi de France exige la reconnaissance de Richard comme héritier de la couronne d’Angleterre. Mis au pied du mur, Henri II refuse. Alors Richard s’écrie :

- Je vois maintenant la vérité que je n’avais pas osé croire !

Et pliant le genou devant le roi de France, il met ses mains dans les siennes, se reconnaissant son vassal pour la Normandie, l’Anjou, le Maine et le Poitou.

L’affront est public, la rupture consommée entre le père et le fils. Le cœur meurtri, Henri II se retire pendant que Richard raccompagne Philippe-Auguste à sa cour.

La guerre va reprendre, la rébellion se ranimer chez tous les barons qui y trouvent quelque intérêt ou ont une vengeance à prendre. Miné par ces luttes incessantes, le roi d’Angleterre s’efforce une fois encore de faire front. Cependant autour de lui, les défections se multiplient, le vieux lion est de plus en plus seul. Pendant que les villes ouvrent leurs portes devant Richard, Henri, redoutant un guet-apens, se réfugie derrière les remparts du Mans. Mais Philippe-Auguste et Richard investissent la ville, Henri II n’a que le temps de s’échapper en laissant derrière lui la garnison se faire massacrer[xxvi].

Il tente vainement de rejoindre la Normandie pour y lever une armée, fait demi-tour, réussit à gagner Chinon, qu’il faut quitter aussitôt car Philippe-Auguste occupe maintenant l’Anjou et marche sur la Touraine. C’est à Azay-le-Rideau que s’achève la fuite du vieux roi. Philippe-Auguste parle maintenant en maître. Il exige que le roi d’Angleterre se « soumette à la volonté du roi de France ». Pressé d’en finir, Henri accepte tout. D’ailleurs, la gangrène le gagne, il sent sa mort prochaine. Avant de s’en aller, il formule une dernière demande : que le roi de France lui donne le nom des barons qui l’ont trahi. Il est déjà sur son lit d’agonie quand revient le chancelier porteur de la liste. Le chancelier lit le premier nom, et s’arrête. Pressé de questions, il finit par avouer :

­- Sire, le premier qui est ici inscrit est le comte Jean.

Jean, le fils préféré, ce Jean sans Terre à qui il avait destiné la couronne d’Angleterre, le seul qui lui restait fidèle !

Alors, désespéré, abandonné de tous, dégoûté de la vie et des hommes, le vieux lion dit dans un souffle :

- Assez m’en avez dit.

Et il se retourne dans sa couche pour pleurer. Deux jours après, il expire[xxvii], et on l’enterre à la hâte dans l’abbaye de Fontevraud.

Jamais sans doute dans l’histoire de l’Occident, la mort d’un roi n’aura été aussi ouvertement, impatiemment, impudemment désirée par tous ses fils.

 

Richard Cœur de Lion

Pourtant, avant que l’âge, le prodigieux accroissement de puissance et l’excès de confiance ne le fassent tomber dans le despotisme, l’homme qui s’éteignait avait été un grand politique et un grand chef de guerre. Violent, porté à tous les excès, versatile, mais brave, généreux, chevalier incomparable, celui qui lui succède sur le trône, à défaut des qualités politiques, a hérité de toutes les qualités militaires de son père[xxviii]. Ce Richard ne va pas tarder à mériter le surnom de « Cœur de Lion » qu’il conservera devant l’Histoire.

En face de lui se dresse un Philippe-Auguste prudent, habile, avisé, machiavélique, mais dénué de talent militaire, qui en dessine assez bien une figure inversée. Ces deux hommes ne sont pas faits pour s’entendre, et leur place sur les trônes de France et d’Angleterre les voue à un affrontement sans répit.

A la mort d’Henri II, ils sont encore les meilleurs amis du monde. La première tâche de Richard est de s’approprier tout l’héritage de son père au détriment des droits de Jean. Il va d'abord à Rouen prendre le duché de Normandie, puis débarque en Angleterre où, au milieu des acclamations, il se fait couronner roi. Il trouve sage de récompenser ceux qui étaient restés fidèles à son père et de tenir à l’écart ceux qui l’avaient trahi[xxix] ‑ sans voir combien sa conduite passée affaiblit cette noble leçon de fidélité. Enfin, pour ne pas pousser son frère à bout, il lui accorde de nombreuses possessions  sur le sol anglais, en veillant à ce qu’elles ne puissent faire un ensemble cohérent[xxx]. Jean reste sans Terre.

La grande affaire du moment est la Croisade. Depuis la reconquête de Jérusalem par le sultan Saladin, le pape ne cessait d’exhorter les rois d’Occident à délivrer le tombeau du Christ. Pendant deux ans, Henri II et Philippe-Auguste avaient multiplié les réponses dilatoires. Mais depuis que la paix est assurée entre le nouveau roi d’Angleterre et le roi de France, il n’est pas possible de différer plus longtemps[xxxi]. Les deux hommes célèbrent solennellement leur départ à Vézelay, le 4 juillet 1190[xxxii], s’accordent pour se partager équitablement le butin qu’ils feront en Terre Sainte, puis, empruntant deux routes différentes, se retrouvent à Messine, en Italie. Richard y fait une entrée magnifique : et chacun note que son armée est plus nombreuse que celle du roi de France[xxxiii]. Avant Jérusalem, la première place à emporter est Saint Jean d’Acre. Philippe-Auguste y parvient le premier, pendant que Richard, qui conquiert Chypre et la vend aux Templiers, gagne déjà un éclatant prestige aux yeux des Croisés. Philippe-Auguste ébranle les murailles de Saint Jean d’Acre avec ses engins, lorsque Richard arrive enfin, au milieu des sons de trompettes, de cors, et des cris d’allégresse. Malgré l’accord de Vézelay, il refuse de rétrocéder la moitié du prix de Chypre[xxxiv]. Cependant, en dépit des ces premiers tiraillements, les deux rois parviennent à s’entendre sur la conduite des opérations : chacune des deux armées se réserve un secteur, et elles attaqueront ensemble. Mais comment empêcher Richard de vouloir s’approprier toute la gloire de la victoire ? Philippe-Auguste a donné 3 besants à ses hommes pour stimuler leur courage : Richard en donne 4 aux siens[xxxv]

Pressés par les assauts et à bout de force, les assiégés de Saint-Jean d’Acre se rendent. Mais les querelles reprennent au moment d’accorder la couronne de Jérusalem, pas encore reconquise, chacun des deux rois tenant pour son candidat. On transige, donnant la couronne à l’un tant qu’il vivrait, puis à l’autre[xxxvi]. D’ailleurs, las d’avoir le dessous dans une compétition contre un chevalier accompli, Philippe-Auguste a pris sa décision : retourner en France et, après avoir promis à Richard de ne pas profiter de son absence d’Angleterre[xxxvii], le laisser achever seul la prise de Jérusalem.

A Paris, le Capétien reprend la tâche de gouverner son royaume, et par-dessus tout celle qui l’obsède depuis toujours : la conquête, par l’intrigue, la diplomatie ou les armes, des possessions du roi d’Angleterre en France. Là, il est à son affaire. La tentation est grande de tirer profit de l’absence de Richard Cœur de Lion, malgré sa promesse, et malgré l’interdiction faite par l’Eglise d’envahir les terres d’un seigneur parti pour la Croisade. Mais d'abord, il lui faut des alliés. Quelqu'un, en Angleterre, se tient comme lui à l’affût : c’est Jean sans Terre. Philippe-Auguste n’a pas de peine à le convaincre que son frère Richard l’a frustré d’une part de l’héritage de leur père.

Mais soudain tombe une divine surprise : Richard, qui n’a pas réussi à reprendre Jérusalem, a été fait prisonnier sur le chemin du retour par le duc d’Autriche, qui l’a vendu l’empereur d’Allemagne[xxxviii] ! Pendant que la vieille reine Aliénor s’efforce de rassembler l’énorme rançon pour libérer son fils, son autre fils Jean sans Terre, propose avec Philippe-Auguste une contre-rançon à l’empereur pour qu’il garde son prisonnier. Depuis son accession au trône, Richard Cœur de Lion est l’ennemi naturel de Philippe-Auguste : l’intérêt de l’empereur d’Allemagne est que ces deux-là s’épuisent dans leur lutte mutuelle et se neutralisent. Il libère donc son prisonnier, non sans avoir préalablement lu en sa présence les propositions de Philippe-Auguste : fureur de Richard ![xxxix].

Le roi de France ne s’y trompe pas : « Maintenant, prenez garde à vous, le diable est lâché » écrit-il à son complice Jean sans Terre. Pendant que celui-ci – faisant contre mauvaise fortune bon cœur – se soumet à son frère, Philippe-Auguste s’empresse d’envahir la Normandie[xl], obtenant quelques succès sans lendemain. A peine réinstallé sur le trône d’Angleterre, Richard reivent sur le continent affronter son nouvel ennemi. Et pendant plusieurs années, se succéderont les victoires et les défaites sans lendemain, les trêves non respectées, les châteaux pris et repris, sans autre résultat que le ravage des régions traversées[xli]. Contre Henri II puis Richard, deux militaires accomplis, Philippe-Auguste se bat en vain depuis bientôt vingt ans : la Normandie reste aux mains des Plantagenêt, sans parler des autres provinces.

Mais bientôt, la roue tourne : blessé au siège du château d’un de ses arrière-vassaux, Richard Cœur de Lion meurt en 1199 et est enterré à Fontevraud[xlii], près de son père détesté. Au moins, à  défaut des dons politiques de son père, en avait-il hérité les dons militaires. Bien différent est celui qui lui succède. Violent, impulsif, faible[xliii], cruel[xliv], maniaco-dépressif[xlv], lâche, fourbe[xlvi], voluptueux, esclave de ses plaisirs[xlvii], Jean sans Terre n’en a hérité que les défauts, auxquels il ajoute encore ses défauts propres. Rappelons-nous la légende de Robin des Bois, et sa lutte contre le shérif de Nottingham qui rançonne les pauvres du royaume, au nom du prince Jean, en l’absence de Richard Cœur de Lion parti pour la croisade. Ce prince Jean, c’est Jean sans Terre.

Pour Philippe-Auguste, pour la France, l’accession de cet incapable au trône d’Angleterre est une chance historique.

 

Jean sans Terre

Fidèle à sa politique de toujours, le Capétien se trouve pour commencer un allié dans la famille Plantagenêt. Un frère décédé de Jean sans Terre a un fils âgé de douze ans : Arthur. A qui revient l’héritage français d’Henri II ? En tant que suzerain, Philippe-Auguste décide qu’il appartient à Arthur[xlviii]. Refus du roi d’Angleterre. Toujours par droit de suzerain, Philippe-Auguste le cite à comparaître devant sa Cour pour s’y justifier des plaintes des barons poitevins déposées contre lui.

Quelles étaient ces plaintes ?

Le Poitou était alors dominé par quatre grandes familles : les Mauléon qui occupaient la façade océanique dans l’actuel département de la Vendée, les Parthenay en Gâtine, les vicomtes de Thouars dans le nord, et enfin les plus puissants de tous, les Lusignan qui se disaient descendant de la fée Mélusine[xlix] et possédaient le comté de la Marche (l’actuel département de la Creuse) et de nombreux autres fiefs.

Or, en 1200, Jean sans Terre, invité aux fêtes de fiançailles d’Hugues IX de Lusignan avec Isabelle Taillefer, fille du comte d’Angoulême, s’était épris de celle-ci. Il exigea de retarder le mariage, envoya Hugues en mission diplomatique en Angleterre, et… épousa Isabelle.

Outragés et humiliés, les Lusignan protestèrent : en représailles, Jean sans Terre fit saisir certains de leurs fiefs en Angleterre, en Normandie et en Poitou[l]. Le droit féodal prévoit qu’un vassal qui se croit injustement traité par son suzerain, peut porter sa cause auprès du suzerain de celui-ci. Or, comme tous les barons poitevins, les Lusignan tenaient leurs fiefs du comte de Poitou dont Jean sans Terre avait hérité les droits d’Aliénor, qui elle-même les tenait du roi de France. Les barons demandèrent donc justice de Jean sans Terre auprès de Philippe-Auguste.

Jean sans Terre n’a garde de comparaître devant la Cour du roi de France. Celle-ci rend sa sentence : le Plantagenêt est dépossédé de toutes ses terres françaises[li]. D’un seul acte, Philippe-Auguste vient de mettre la main légalement sur la Normandie, la Bretagne, l’Anjou, le Maine, la Touraine, le Poitou, l’Aquitaine !

Reste le plus difficile : les acquérir effectivement, par les armes. Philippe-Auguste envahit la Normandie[lii] qu’il s’est attribuée personnellement, pendant que le jeune Arthur à la tête d’une petite armée part à la conquête du Poitou[liii]. Bloquée par lui dans la citadelle de Mirebeau, la vieille reine Aliénor appelle à l’aide Jean sans Terre qui accourt du Mans. Le mauvais génie des Plantagenêt œuvre encore : le petit-fils assiège la grand-mère, et le fils vole au secours de celle-ci, contre son neveu !

A 14 ans, on n’est pas un chef de guerre expérimenté : entré dans la ville avec ses 200 hommes, Arthur en fait fermer les portes afin de mieux garder les assiégés retranchés dans le donjon. Pour Jean sans Terre, c’est un jeu de faire prisonniers à leur tour les assiégeants[liv]. Parmi eux, la fine fleur des barons poitevins révoltés : Hugues IX de Lusignan, le fiancé supplanté, Raimond de Thouars, Savary de Mauléon[lv]. Jean sans Terre les fait jeter dans des culs de basse fosse où il les laissera mourir de faim ; les plus chanceux seront libérés contre une forte rançon. A Arthur, son jeune neveu, il réserve un traitement de choix : il ordonne qu’on le fasse châtrer et crever les yeux[lvi]. Même en plein moyen-âge, pareil traitement parut cruel : le chevalier chargé de la besogne refuse. Alors, Jean sans Terre le fait enfermer dans un tour du château de Rouen. On n’aura plus aucune nouvelle de lui. On apprendra seulement, longtemps plus tard, qu’après quelque mois de captivité, Jean sans Terre était venu chercher lui-même en secret l’adolescent dans sa tour ; il l’avait emmené dans une barque, l’avait égorgé et jeté son corps dans la Seine. Ainsi, Philippe-Auguste ne pourrait jamais plus se prévaloir de ce rival contre lui.

Un an plus tard, Aliénor d’Aquitaine mourait à quatre-vingts ans dans l’abbaye de Fontevraud où elle s’était retirée, et où reposaient les cendres d’un mari détesté, et celles d’un fils chéri. Le bruit de la mort d’Arthur ne parvint sans doute jamais jusqu’à elle. Comble de l’inconscience ou du cynisme, Jean sans Terre lui avait envoyé après son forfait un homme porteur d’un message : « Grâce à Dieu, les choses vont mieux que cet homme ne peut vous le dire… »[lvii]. Lui non plus ne pouvait le dire à sa mère. Tout de même, dans le silence du cloître, peut-être s’interrogea-t-elle sur l’étrange malédiction pesant sur cette famille qu’elle avait nourrie et qui ne cessait de se déchirer. Par sa faute ? Parce que, trente ans plus tôt, femme bafouée, elle avait dressé ses fils contre leur père ? Pour dernier acte politique, elle était allée chercher en Espagne sa petite-fille Bianca pour la donner en mariage au fils de Philippe-Auguste. La fillette entrera dans l’Histoire de France sous le nom de Blanche de Castille, et sera la mère de Saint Louis[lviii]. Beau sujet de méditation, pour Aliénor dans sa retraite angevine, si elle avait connu le destin qui serait le sien : mère d’un assassin, arrière-grand-mère d’un saint.

Mais s’il se croit habile et rusé, le roi d’Angleterre se trompe. Sa cruauté, son manque de parole, l’absence persistante d’Arthur finissent par liguer tous ses vassaux contre lui. En 1203, presque sans combattre, les barons d’Anjou et de Touraine font hommage au roi de France. Un an plus tard, après la prise de Château-Gaillard, Philippe-Auguste envahit la Normandie. Seule la ville de Rouen oppose une vive résistance. Après 40 jours, les bourgeois sollicitent une trêve, sans en dissimuler le motif : il ne s’agit rien moins que d’aller demander l’aide du roi d’Angleterre. Cette demande est bien révélatrice des mentalités du moyen-âge, et la réponse ne l’est pas moins : la trêve est accordée ! Une petite délégation traverse la Manche et trouve un Jean sans Terre occupé à une partie d’échecs. A peine écoute-t-il leurs supplications : « Faites pour le mieux » répond-il sans interrompre sa partie. Les bourgeois ont compris : Rouen ouvre ses portes au roi de France[lix].

Après la Normandie, le Poitou : les barons viennent faire leur soumission, le roi de France fait son entrée solennelle à Poitiers et à Niort[lx]. Après 20 ans de luttes vaines, Philippe-Auguste a réussi à conquérir, de 1202 à 1204, plus de provinces qu’il n’avait jamais osé le rêver. Jamais de toute son histoire, le royaume de France ne connaîtra un tel accroissement. Il n’est pas jusqu’au meurtre d’Arthur dont Philippe-Auguste ne tire profit : car c’est à ce jeune homme qu’il avait promis la Bretagne, l’Anjou  et le Poitou[lxi], et il aurait pu difficilement se dédire.

 

Trahisons des barons poitevins

 

Savary de Mauléon

Mais si les autres provinces avaient loyalement fait leur soumission, le Poitou indocile n’attendait qu’une occasion pour vendre sa fidélité au plus offrant, en changer au gré du vent, et n’être en définitive fidèle qu’à soi-même, à ses intérêts et à son indépendance.

Aussi l’histoire de cette province pendant les années qui suivent est-elle assez embrouillée et difficile à suivre. On ne la rendra pas plus claire, mais peut-être un peu plus distrayante, en suivant le destin du plus versatile de ses barons[lxii].

Savary de Mauléon, comme beaucoup d’autres, avait été fait prisonnier au siège de Mirebeau et envoyé en captivité en Angleterre. Voyant ses compagnons d’infortune mourir de faim les uns après les autres, il prit avec les survivants une résolution extrême : massacrer leurs geôliers et se rendre maître du château. Puis, à Jean sans Terre accouru pour le châtier, il proposa ses services en échange du pardon. Ebranlé devant tant d’audace, le roi accepta le marché. Pour gage de sa sincérité, il demanda seulement à Savary de lui livrer en otages sa mère et sa femme.

Rendu à la liberté avec le titre de sénéchal du Poitou, Savary résolut de prouver sa fidélité toute neuve par une action d’éclat : la prise de Niort. La ville était close de puissants remparts, et Savary n’avait auprès de lui qu’un petit nombre de compagnons : seule la ruse pouvait réussir.

Les habitants avaient coutume le 1er mai d’aller cueillir dans la campagne des branches fleuries d’aubépines, qu’ils rapportaient ensuite dans leur maison. Le 1er mai 1205, les sentinelles virent donc s’avancer vers eux un groupe de bons bourgeois couverts de branchages. Sans le moindre soupçon, elles ouvrirent les portes : les hommes ne furent pas plutôt entrés dans la place qu’ils sortirent soudain des épées de sous leurs manteaux et se précipitèrent sur le rempart. C’était Savary qui s’emparait avec ses compagnons de la ville et de son château dégarni. Peu après, quand les vrais habitants se présentèrent aux portes, ce fut un jeu de les faire prisonniers. Savary n’eut garde de les rançonner. Il n’exigea d’eux qu’une condition : qu’ils retirent leur foi au roi de France et jurent fidélité au roi d’Angleterre. Ce qu’ils firent avec empressement. 

Peu après, une troupe nombreuse se présenta sous les remparts de la ville pour en faire le siège. On y reconnaissait Hugues IX de Lusignan, Hugues de Surgères, le vicomte de Thouars, Hugues de Parthenay, Guillaume de Mauléon, oncle de Savary : tous les grands barons poitevins ralliés depuis peu à Philippe-Auguste. Non que l’envie de se mesurer à Savary soit très vive, mais le devoir féodal leur faisait obligation de reconquérir la place pour le compte de leur suzerain. Le siège tira en longueur, on se jeta dans quelques petites échauffourées, puis on se découragea et on alla à Chinon annoncer au roi de France l’échec de l’entreprise. Philippe-Auguste n’était pas dupe et leur battit froid : que pouvait-il faire d’autre ?

L’année suivante, décidé à reconquérir son Poitou, Jean sans Terre débarqua à La Rochelle, et, accompagné de Savary et du vicomte de Thouars nouvellement rallié, ravagea les terres passées dans l’allégeance du roi de France, lequel saccageait en représailles les terres du vicomte de Thouars. Quand les deux armées furent repues de pillage, la saison étant d’ailleurs avancée, elles conclurent une trêve sans s’être seulement rencontrées. Savary de Mauléon s’engageait à la respecter au nom du roi d’Angleterre pendant Guillaume de Mauléon prenait le même engagement au nom du roi de France, et Jean sans Terre repassa la mer sans plus de résultat.

Un an plus tard, Savary repoussait une nouvelle attaque de Philippe-Auguste. Puis, en 1208, à l’occasion d’une razzia opérée en Anjou avec une troupe de chevaliers poitevins, il est attaqué par 300 hommes d’armes : il laisse entre les mains des français 52 compagnons, dont le fils et le frère du vicomte de Thouars et le seigneur de Mauzé, qui sont envoyés en captivité à Paris.

En Poitou, Savary s’avérait le meilleur soutien du roi d’Angleterre, et Philippe-Auguste mesura l’intérêt de faire entrer un tel homme à son service. Or, dès 1206, rassuré sur son compte, Jean sans Terre avait libéré sa femme et sa mère : Savary était disponible pour une nouvelle trahison. A toute fin utile, il écouta les propositions du roi de France, et conclut avec lui un projet de traité par lequel il se soumettait à lui et s’engageait à combattre Jean sans Terre. Pour prix de sa trahison, il recevrait La Rochelle, s’il parvenaità la reconquérir sur le Plantagenêt. Il ne changea rien dans son attitude : officiellement, il restait l’homme du roi d’Angleterre. Ainsi gardait-il sa fidélité aux deux adversaires en même temps, se réservant le choix du moment et de la victime de sa trahison prochaine, au plus près de ses intérêts.

C’était le temps où le pape prêchait la croisade contre les Albigeois. Tandis que les barons français, joignant la cupidité à la ferveur religieuse, ravageaient le Midi en combattant les seigneurs qui protégeaient l’hérésie, Jean sans Terre envoya Savary au secours du plus puissant d’entre eux, Raymond VI, comte de Toulouse et allié du roi d’Angleterre. Savary arriva à la tête d’un contingent de barons poitevins et de 500 mercenaires basques et brabançons. Mais l’excommunication dont le pape frappait les adversaires la croisade mit un frein à son zèle. Puis, il dut faire réflexion que dans cette affaire, les espoirs de pillage et de profit se trouvaient dans le camp d’en face ; en somme, il s’était trompé de camp. Il abandonna donc le comte de Toulouse, mais n’en réclama pas moins le prix de ses services. Refus du comte. Savary ne s’embarrassait pas de scrupules : il captura le fils  du comte. Raymond VI paya.

Cependant, Jean sans Terre se montra mécontent des procédés de Savary : il lui retira le titre de sénéchal du Poitou. Le moment était venu pour Savary de changer de fidélité : en 1213, il prêtait serment à Philippe-Auguste.

Justement, le roi de France s’apprêtait à envahir l’Angleterre[lxiii]. Le pape venait de se fâcher avec Jean sans Terre. Résolu à le déposer, il en avait confié l’exécution à son principal adversaire dans une nouvelle « croisade ». La flotte française, forte de 400 bateaux, fut mise sous le commandement de Savary, qui reçut l’ordre de cingler vers les Flandres, alors alliées du roi d’Angleterre. Elle devait mouiller à Damme, avant-port de Bruges, où elle attendrait l’armée du roi qui la rejoindra par les terres. Malheureusement, comme tous les ports flamands, Damme était un immense entrepôt de marchandises prêtes au commerce par mer. Pour un homme comme Savary, la tentation du pillage était trop forte : et quand la flotte anglaise surgit, les poitevins de Savary montrèrent plus d’empressement à mettre l’abri leur fabuleux butin qu’à combattre l’ennemi. L’armée française arriva enfin, massacra les Anglais. Mais la flotte était entièrement détruite, et l’invasion de l’Angleterre manquée.

Le roi de France, à son tour, fut mal satisfait de la conduite de Savary. Celui-ci n’en avait cure : Le roi d’Angleterre ne serait-il pas heureux de le reprendre pour vassal ? Le moment n’était pas venu : l’oncle Guillaume, qui était resté fidèle au Capétien et dont il devait hériter, approchait de sa fin. Savary attendit. Quand l’oncle mourut, Savary, seigneur de l’île de Ré, Châtelaillon, Benon, Pouzauges, Chantemerle, Pareds, Mauléon, Fontenay, Saint Michel en l’Herm, les Moutiers-les-Mauxfaits, Talmond[lxiv], devenait un des plus puissants barons du Poitou. Jamais son alliance n’avait été aussi précieuse aux deux rois qui se disputaient la province. Jamais il n’avait été aussi fort.

Or, Jean sans Terre, qui s’était réconcilié avec le pape en se déclarant son vassal[lxv], était en train de nouer une formidable coalition contre Philippe-Auguste. Pendant que ses alliés, l’empereur d’Allemagne Othon et le comte de Boulogne envahiraient la Champagne,  il occuperait le Poitou et marcherait vers Paris. Pris en tenailles, le Capétien ne pouvait que succomber. Déjà on se partageait les dépouilles du roi vaincu, le roi d’Angleterre reprendrait ses provinces perdues arrondies des terres voisines, l’empereur d’Allemagne s’octroierait la Champagne, la Bourgogne et la Franche-Comté, le comte de Boulogne s’emparerait de l’Artois, l’Ile-de-France et Paris[lxvi].

C’est donc un Jean sans Terre plein de confiance qui débarque à La Rochelle au début 1214[lxvii]. La soumission de Savary, qui ne compte plus ses revirements, et celle des principaux barons poitevins renforcent encore son assurance. Partout où il va, il recueille de nouveaux ralliements. Pourtant, à peine apprend-il que Philippe-Auguste marche vers lui à la tête de son armée ? Il se croit perdu, s’enfuit, se dirige vers Bordeaux d’où il pourra rembarquer. Puis, Philippe-Auguste s’en retourne vers le nord pour affronter l’empereur d’Allemagne, ne laissant derrière lui qu’une partie de ses troupes avec son fils Louis. Alors, Jean sans Terre retrouve son courage. Il fait demi-tour, repart de l’avant, franchit la Loire et assiège La Roche-aux-Moines. Bientôt paraît Louis à la tête de ses troupes.

Il est une trahison plus belle que de refuser de partir en guerre aux côtés du suzerain : c’est de lui promettre son concours, se joindre à son armée, chevaucher avec lui, puis… lorsque paraît l’armée ennemie, tourner bride et s’enfuir. Au moment d’engager la bataille, Jean sans Terre se vit soudain abandonné par ses barons poitevins[lxviii]. C’était plus qu’il n’en pouvait supporter. Il n’ordonna pas la retraite : il s’enfuit à toute jambes. Il traversa à la hâte la Loire avec quelque compagnons, galopa d’une traite pendant dix-huit milles[lxix], et ne s’arrêta qu’à La Rochelle, prêt à rembarquer. Pendant le temps de cette course éperdue, les hommes de son armée, pris de panique, abandonnaient sur place tout le matériel, se débandaient, couraient à la Loire, se disputaient les barques, se faisaient tailler en pièces, se noyaient ou étaient faits prisonniers.

Pour le jeune Louis, le succès était complet. Quelques jours plus tard, on apprenait la victoire de Bouvines sur l’empereur d’Allemagne et le comte de Boulogne. Le royaume de France était sauvé.

Bataille de bouvines

Une vision romantique de la bataille de Bouvines (par Horace Vernet, 1827, au château de Versailles)

Bataille

... et une représentation médiévale de la bataille

Après la mésaventure de La Roche-aux-Moines, tout autre que Jean sans Terre aurait fait profil bas. Lui, envoya aux barons anglais une messive contenant à la fois l’annonce du succès, l’appel à l’aide et la menace voilée : « Sachez que nous sommes sain et sauf et que, par la grâce de Dieu, tout est pour nous prospérité et joie. Nous remercions ceux d’entre vous qui ont envoyé leurs hommes à notre service (...) Quant à ceux qui n’ont pas pris part à notre campagne, nous les prions, s’ils tiennent encore notre honneur à cœur, de venir nous rejoindre sans délai. Ceux qui, à un titre quelconque, auraient encouru notre colère, pourrait par leur arrivée ici se considérer absous.[lxx] » Avec une superbe inconscience, il s’avisa même de lever un impôt sur ceux qui n’avaient pas participé à cette pitoyable campagne[lxxi] ! 

L’indignation des barons anglais ne connut pas de bornes quand ils apprirent la vérité. Après avoir combattu aux côtés d’un Richard Cœur de Lion, devenir le vassal d’un Jean sans Terre !

La vie privée du roi ne le rachetait pas. Il s’était épris de la jolie fille d’un des plus grands barons de sa cour, et prétendait en faire sa maîtresse. Sur le refus du père, il détruisit son château et enleva la jeune fille. Elle repoussait ses avances : il la fit empoisonner[lxxii].

Haut clergé, noblesse, bourgeoisie : toute l’Angleterre se souleva. Jean sans Terre se tourna alors vers le seul allié qui lui restait : le pape. Pendant que celui-ci multipliait les excommunications contre les rebelles[lxxiii], les barons se portaient à une mesure extrême : ils offraient la couronne d’Angleterre au fils de Philippe-Auguste. Après tout, ce prince Louis n’était-il pas l’époux de Blanche de Castille, petite-fille d’Henri II et d’Aliénor ? En 1216, il traversa la Manche à la tête d’une armée et entra sans difficulté dans Londres. On se prend à rêver : les couronnes de France et d’Angleterre réunies sur la même tête… Mais la mort de Jean sans Terre vint ruiner cet espoir. Il laissait un fils de neuf ans, auquel on ne pouvait faire reproche des fautes de son père. L’Angleterre unanime reconnut son nouveau roi, sous le nom de Henri III. Le prince Louis n’avait plus qu’à retourner en France.

 

Hugues X de Lusignan et Isabelle d’Angoulême

Une autre personne retourne en France à la même époque. Se souvient-on de la jeune fille que Jean sans Terre avait arrachée à son fiancé pour l’épouser ? Son fils aujourd'hui est sur le trône, elle joue à la Cour le rôle de la reine-mère. Mais à son grand désappointement, elle ne peut gouverner l’Angleterre : les barons lui refusent la régence. Alors, Isabelle d’Angoulême choisit de rentrer dans ses terres. Bien décidée à retrouver, par un nouveau mariage, une puissance digne d’une ancienne souveraine.

Pourquoi ne pas renouer l’union avec la maison des Lusignan, que le caprice de Jean sans Terre avait brisée ? Son premier fiancé, Hugues IX vient de mourir à la croisade. Mais il laisse un fils, Hugues X, qui hérite de toutes ses possessions. En 1220, vingt ans après la rupture des fiançailles avec le père, Isabelle épouse le fils. Par la réunion de leurs possessions, le couple, maître de l’Angoumois, de la Marche, de la Saintonge et de l’île d’Oléron, seigneur de nombreux fiefs, étendant sa domination sur l’équivalent de sept départements actuels (la Charente, la Charente maritime, la Creuse, la Haute-Vienne, la Vienne, les Deux-Sèvres et une partie de la Vendée[lxxiv]), est le plus puissant de la région.

Pour une ancienne reine d’Angleterre, ce n’est pas encore assez, et elle n’aura de cesse d’accroître son pouvoir à tout prix.

Selon une politique éprouvée, Hugues X va jouer de la rivalité entre les rois de France et d’Angleterre pour se vendre au plus offrant. Il négocie en secret avec le premier, mais se fait remettre ouvertement par le second l’Aquitaine[lxxv], pour la gouverner en son nom. Et sans tarder, il montre la conception particulière qu’il se fait de sa charge en attaquant Niort, La Rochelle et Saint-Jean d’Angély. Le motif ? Le jour de son mariage, Jean sans Terre avait offert en douaire à sa jeune épouse la Normandie, la Touraine et l’Anjou, pour qu’ils entrent en sa possession quand elle sera devenue veuve. Mais entre-temps, ces terres étaient passées sous domination capétienne. Qu’à cela ne tienne : Hugues et Isabelle se rabattront sur les terres encore entre les mains des Plantagenêt. Les troupes arrachent les vignes, brûlent moissons et maisons, rançonnent les marchands : en quelques mois, la région est ravagée. Le maire de Niort lance un appel à l’aide au roi d’Angleterre : « Nous supplions Votre Majesté Royale de toutes les manières que nous pouvons, fléchissant le genou et versant des larmes, de daigner ressentir de la pitié pour nous et nous porter un secours immédiat. ». La Cour d’Angleterre fait donc pression sur le couple, bientôt secondée par le pape, qui brandit la menace de l’excom­mu­nication. Le couple doit céder[lxxvi].

Pas pour longtemps. A la mort de Philippe-Auguste, son successeur couronné sous le nom de Louis VIII est décidé à achever les conquêtes de son père. Et à acheter l’alliance des barons poitevins, à commencer par le plus puissant d’entre eux. En mai 1224, un traité est conclu :  Hugues de Lusignan recevra 2000 livres par an en compensation du douaire perdu par Isabelle, et Bordeaux quand la ville sera reconquise. En contrepartie, il rompt sa fidélité avec le camp Plantagenêt et fait soumission au roi de France. Son revirement entraîne celui des principaux barons poitevins.

Fort de ces soutiens, Louis VIII se met en campagne à la tête d’une puissante armée. Son premier objectif : Niort et La Rochelle.

Cependant, que devenait Savary de Mauléon ? Une fois n’est pas coutume : à La Roche-aux-Moines, pendant que tous les barons abandonnaient Jean sans Terre, il lui restait fidèle[lxxvii]. En 1216, quand les Français envahissaient l’Angleterre, il combattait encore aux côtés de du roi Jean. Désoccupé par la mort de celui-ci, il partit mettre son épée au service de la Croisade. Puis, lorsque Hugues X de Lusignan et ses alliés ravagèrent le Poitou, Savary fut nommé sénéchal de la province pour y ramener l’ordre. Tâche qu’il accomplit avec une énergie et une efficacité dont Hugues X se plaignit. 

Aussi, lorsque Louis VIII se présente devant Niort et son double donjon, c’est Savary qui est chargé de la défendre. Mais les bourgeois sont las de toutes ces guerres et n’aspirent qu’à se rendre sans combattre. Savary négocie la reddition contre la promesse de la liberté, et se retire avec ses troupes à La Rochelle.

Le roi se dirige ensuite vers Saint-Jean-d’Angély. Il s’arrête en chemin à Frontenay où le couple Lusignan l’accueille et lui fait visiter sa place-forte[lxxviii]. Arrêtons-nous un instant sur cet événement : combien de Frontenaysiens passent chaque jour sous le clocher roman sans se doutent que ces pierres antiques ont vu, huit siècles plus tôt, une ex-reine d’Angleterre faire les honneurs de la cité à un roi de France ?

 Après Saint-Jean d’Angély qui se rend sans combat, Louis XIII marche sur La Rochelle où il retrouve Savary pour adversaire. La ville se défend mieux que Niort. Puis, la division s’installe entre les bourgeois et, dans la garnison, entre les Anglais et les Poitevins. Après 18 jours de siège, les bourgeois ouvrent les portes de la ville. Savary a refusé de se soumettre, mais il obtient la permission de se retirer en Angleterre avec ses alliés anglais. Sur le chemin du retour, des dissensions éclatent, on accuse Savary de trahison ; déjà on médite de s’emparer de sa personne et lui faire payer son revirement supposé. Savary se rappelle la terrible captivité dans les cachots Jean sans Terre : finira-il sa vie de chevalier comme il l’a commencée ? Au risque de confirmer les soupçons, il ordonne de virer de bord et débarqua sur ses terres, au port d’Olonne.

Il ne lui reste plus qu’à faire soumission au roi de France. Cet ultime revirement ne peut être appelé trahison : après tant de volte-faces, ses serments ne font plus illusion depuis longtemps. Au reste, devant un roi de France triomphant, Savary n’a plus rien à monnayer, sinon sa vie et sa liberté. La roue a tourné, il a joué à contre-temps, et maintenant sa chance est passée. A sa mort, il ne laissera qu’un fils bâtard : et le roi de France en tirera prétexte pour confisquer ses biens[lxxix]. La maison de Mauléon sera anéantie.

Une maison au même moment est au faîte de sa puissance : celle des Lusignan. Après la chute de La Rochelle, Hugues X s’est lancé à la conquête de l’Aquitaine et de Bordeaux qu’on lui a promise. Las ! la ville, qui profite du commerce des vins avec l’Angleterre, fait savoir qu’elle restera fidèle au roi d’Outre-Manche. Après quelque faciles succès, Hugues est défait dans une embuscade sur la Garonne, et renonce[lxxx].

Cet échec remet tout en question. Hugues et Isabelle s’interrogent : quel bénéfice ont-ils tiré de leur revirement en faveur du camp capétien ? Justement, en octobre 1226, Louis VIII meurt soudain. Un roi dans la force de l’âge cède le trône à un enfant, et le pouvoir à la régence d’une étrangère, Blanche de Castille. De longues années de faiblesses et de difficultés s’annoncent, croit-on, pour le royaume de France. Pour Hugues X et Isabelle, les cartes sont rebattues. Le moment n’est-il pas venu de remettre leur fidélité aux enchères ? Deux mois plus tard, ils signent un traité d’alliance avec le roi d’Angleterre.

L’effet de ce traité ne tarde pas : une vaste conjuration se noue entre les plus grands barons de France : Hugues X, le comte de Bretagne et celui de Champagne. Blanche de Castille décide de faire front : elle lève une armée avec les vassaux qui lui sont restés fidèle, et se porte en direction de l’armée des conjurés concentrée à Thouars.

Pourtant, à la voie des armes, elle préfère celle de la négociation. Dans le camp des rebelles, le comte de Champagne est désigné pour les conduire. Au bout de quelques jours, il ne semble plus aussi sûr à ses alliés. On s’interroge, on imagine de lui tendre une embuscade : il évente le piège et court se réfugier dans le camp de Blanche de Castille[lxxxi]. Panique chez les conjurés, cette première défection donnant le signal du sauve-qui-peut et du chacun-pour-soi ! Hugues et Isabelle réussissent à temps à changer de camp, quand ils peuvent encore monnayer leur revirement au prix le plus fort. Ils obtiennent une rente de 10600 livres pour prix du douaire perdu d’Isabelle et deux mariages croisés : leur fils épousera la sœur du jeune Louis IX, et leur fille épousera Alphonse, le frère du roi[lxxxii]. Plus que jamais, le nom de Lusignan compte parmi les premiers de France.

Quelque années plus tard, en 1230, Henri III, le jeune roi d’Angleterre croit le moment venu, à 23 ans, de récupérer son patrimoine perdu. Il débarque en Bretagne à la tête de son armée et achète l’alliance des principaux barons poitevins. Surtout, il compte obtenir celle d’Hugues et d’Isabelle. Après tout, Isabelle n’est-elle pas sa mère ? Mais le couple renouvelle sa fidélité à Louis IX, et obtient  Saint-Jean d’Angély et l’Aunis pour caution du prochain mariage de leur fils. Après une rapide promenade militaire, il ne reste plus à Henri III qu’à rembarquer.

 

L’ultime trahison

 

Le 24 juin 1241, jour de la Saint-Jean, à l’occasion d’une fête éblouissante qui resta dans les mémoires sous le nom de la « non pareille », devant 3 000 chevaliers assemblés sous les immenses halles de Saumur, Louis IX remettait à son frère Alphonse le comté du Poitou. A la table royale étaient assis les premiers barons du royaume ; parmi eux, Hugues X et Isabelle[lxxxiii]. Celui qui portait la couronne n’était plus un enfant, mais, à 27 ans, un homme accompli, tandis qu’à 46 ans et 54 ans, Hugues et Isabelle faisaient déjà presque figure de vieillards.

Mais l’orgueil ne suivait pas le déclin des forces physiques. Une fois de plus, Hugues et Isabelle s’inter­rogeaient sur les bénéfices de leur alliance française. Les mariages prévus par l’accord de 1230 n’avaient pas été conclu : Alphonse avait épousé Jeanne de Toulouse. Et arguant de la rupture du mariage, le camp français prétendait maintenant reprendre aux Lusignan l’Aunis et Saint-Jean d’Angély[lxxxiv] ! Eh ! quoi ? les rois aussi manquent à leur parole ? Comble de l’humiliation : Isabelle avait dû porter la traîne de celle qui avait pris la place de sa fille[lxxxv].

Aussi, quand vint le moment pour les barons poitevins de prêter serment à leur nouveau comte, les Lusignan montrèrent une mauvaise volonté évidente. Isabelle surtout, qui avait été, par son mari Jean sans Terre, comtesse du Poitou, et jugeait que son fils, Richard de Cornouailles, frère d’Henri III avait au moins autant de droits sur la province que cet Alphonse. A son tour, Louis IX montra au couple peu d’égards, les faisant attendre trois jours, puis laissant Isabelle debout pendant toute la durée de l’audience. On se quitta au bord de la rupture[lxxxvi].

Mais, quelques jours plus tard, en absence d’Isabelle, Hugues X se résigna à prêter serment à Alphonse. Il promit même de rendre l’Aunis et Saint-Jean d’Angély.

Fureur d’Isabelle, à son retour à Lusignan ! Elle fit retirer du château meubles, vaisselle et argenterie, et les emporta sur ses terres, à Angoulême, faisant dire à son mari :

- Allez bastre les eaux des étangs et fossez de votre nouviau sire, et faire la guette à la porte de son palais ; ou si vous revoulez me veoir, tournez desfaire vostre serment. Lors, retrouverez pour espouse la comtesse-reine[lxxxvii].

Lorsque le mari éconduit vient retrouver sa femme à Angoulême, elle lui refuse l’entrée de son château pendant trois jours[lxxxviii]. Puis elle lui déclare :

- C’est grant couardise à vous de prester hommaige à ung comte de Poictiers. Ne sçavez-vous jà, que estes faict ez sang des roys, et que avez mené à nopces moy, royne d’Angleterre. Ne me veuil mie genouiller devant sa Tolosine !

Hugues X se soumet à la volonté de sa femme : il révoquera sa fidélité au roi de France.

Dès août 1241, le couple rassemble ses alliés à Angoulême, à Parthenay, à Pons : tous les barons prêtent serment[lxxxix]. Puis on se rend en Angleterre conclure un traité pour aider Henri III à reconquérir ses possessions[xc]. Déjà, Isabelle rêve de rendre hommage à son fils Richard de Cornouailles, restauré comte de Poitiers à la place de l’usurpateur Alphonse !

« En attendant, le comte achète tout le blé et le place dans ses châteaux, empêchant tout transport de blé de ses terres à La Rochelle… Le comte fait admirablement fortifier son château de Frontenay, qui est sur la route de Niort à La Rochelle, pour s’opposer à l’entrée et à la sortie de tout ce qui est apporté à La Rochelle[xci]. »

Reste à faire éclater la rupture avec le Capétien. Ce sera accompli pendant les fêtes de Noël données par le comte de Poitiers à ses vassaux. Hugues se présente devant Alphonse, la main sur la garde de l’épée, et s’écrie :

‑ Pardieu, comte, ne te doibs nul hommaige à toi, ni à aulcun fils de Blanche ! N’es qu’un usurpateur, et te desclaire que oncques ne serai homme lige de celui qui déloyaument a robé le comté de Richard, mon biau fils, ores qu’estoit oultre-mer à guerroyer ennemis du Christ. Ne suis subject que de Henri III.

Tournant le dos au comte stupéfait, Hugues et Isabelle quittent précipitamment le palais et rentrent au logis.

Pour témoigner son mécontentement dans un lieu où l’on se jugeait mal reçu, on disait autrefois qu’on s’en allait en secouant la terre de ses souliers. Le couple fit beaucoup mieux. Isabelle prit une torche enflammée :

‑ Ardons (brûlons) ceste demeure. Puisque nul, après si grand journée, ne sera digne s’y hesbergier.

Et le couple s’enfuit, abandonnant derrière lui la maison en flammes[xcii]. Ainsi témoignait-on son courroux, au milieu du XIIIe siècle.

Pareil affront valait déclaration de guerre. Louis IX assembla son parlement féodal, qui déclara unanimement : « Hugues est déchu de son fief ! » Puis il convoqua tous ses vassaux et arrière-vassaux à rejoindre l’armée à Chinon. On vit venir les plus hauts barons de toutes les régions du royaume, le comte de Bretagne, le duc de Bourgogne, les comtes de Flandre, de Vendôme, de Nevers, de Soissons, de Bourgogne. Se présentèrent également nombre de dames châtelaines, veuves ou filles uniques ayant domaines et vassaux, tenues de fournir un contingent d’hommes en armes. Les prélats et abbés possédant fiefs arrivèrent à leur tour, les archevêques de Reims, de Paris, d’Amiens, de Laon, de Châlons, de Soissons, de Tournay, de Chartres, d’Orléans, de Meaux, d’Auxerre, de Troyes, d’Autun, de Langres. Puis les villes, avec leurs milices défilant derrière leurs gonfalons[xciii]. Et en peu de jours, « les routes se couvraient de cavaliers, de fantassins, d’archers, d’arbalétriers et de sergents d’armes.[xciv] » C’est une armée formidable qui se met en marche le 4 mai de Poitiers : 4 000 chevaliers, 20 000 écuyers, sergents et arbalétriers, 1 000 chariots[xcv].

Face à cette marée humaine suivie de puissants engins de siège, que pouvaient bien opposer les rebelles ? Leur seul espoir résidait dans le renfort du roi d’Angleterre. Mais celui-ci n’avait pas encore débarqué sur le continent : peut-être arriverait-il à temps pour livrer bataille au roi de France, mais sûrement trop tard pour sauver leurs châteaux. Habitués aux revirements, ils ne durent pas hésiter longtemps : le vicomte de Thouars et Guillaume de Parthenay firent leur soumission.

Abandonnés de leurs principaux alliés, les Lusignan se retrouvèrent seuls devant les forces réunies de toute la France du nord. Montreuil-Bonnin, la tour de Béruges, Fontenay (Le Comte), Mervent, Vouvant : après un semblant de résistance, leurs places-fortes cédèrent les unes après les autres. Comment s’en étonner ? Petit bourg de 800 habitants juché sur une crête qui domine un des méandres de La Mère, Vouvant a miraculeusement conservé ses remparts qui lui valent les labels d’ « un des plus beaux villages de France » et de « petite cité de caractère ». Aujourd'hui encore, on peut passer porte du XIIIe siècle, en rêvant de mettre ses pas sur ceux de Saint Louis prenant possession de la place. Que pouvaient ces faibles remparts contre l’immense armée rassemblée contre eux ?

Quelques jours après, la puissante forteresse de Frontenay s’avérait autrement redoutable.

 

Le siège de Frontenay

 

Les troupes françaises s’avançaient « avec tel nombre de gens, si grant ost de peuple et si grant multitude à pied et à cheval, que la terre en estoit couverte. En sorte que Poitevins et Gascons, coupant vignes et arbres à fruits, labourant prés et moissons, brûlant fours, bouchant puits et citernes, empoisonnant sources et fontaines, s’enfuyoient espouvantez à l’approche du vainqueur, ne pensant nullement à l’arrêter[xcvi]. »

La place était défendue par Geoffroy de Lusignan, fils bâtard d’Hugues, et par 400 chevaliers, qui avaient juré de se défendre jusqu’à la mort[xcvii]. Les ingénieurs de Louis IX firent construire de hautes tours en bois, afin de pouvoir jeter des roches dans l’intérieur de l’enceinte et protéger les échelles au moment de l’assaut final. En attendant ce moment décisif, le roi surveillait les travaux, visitait les postes, encourageait les soldats, s’exposant comme un simple homme d’armes. Son frère Alphonse, le comte de Poitiers, l’accompagnait habituel­lement.

Le siège durait depuis quinze jours déjà. Louis et Alphonse examinaient les engins dressés devant les puissants remparts, quand soudain, la « guette » de la forteresse reconnut le comte de Poitiers. L’homme tendit l’arbalète, ajusta le comte : Alphonse s’écroula dans les bras du roi, un « carrel de fer » fiché dans le pied.

Grande émotion dans le camp français : le frère du roi est blessé ! Profitant de l’indignation de ses hommes, Louis IX ordonna l’assaut général. Une brèche est ouverte dans la muraille. Les défenseurs se battent vaillamment, mais sont rapidement accablés sous le nombre. Le 25 juin[xcviii], la place tombe.

Quarante-un chevaliers, quatre-vingts sergents et « aultre menuaille qui, avec eux, estoit à grant foison » sont fait prisonniers.

Quelque barons du conseil du roi voulaient qu’on fasse périr le fils bâtard d’Hugues et ses chevaliers :

- Sire, c’est le seul moyen de jeter l’épouvante parmi les partisans de Lusignan, vous les verrez tous l’abandonner.

Mais le jeune roi montrait déjà cette âme éprise de justice et de noblesse qui le fera canoniser par l’Eglise :

- Non, le filz n’a pu commestre faulte, obéissant à son père ; ni aultres, à leur sire. (...) Ce n’est pour les occire, mais pour les réduire que sommes venus.

Cependant, si on avait capturé les chevaliers pour en tirer rançon, selon les habitudes du temps, on avait massacré les simples hommes d’armes. Après la bataille, Louis IX gémissait devant l’affreux spectacle. Il pansait de ses propres mains les blessés qu’il avait réussi à soustraire au carnage, et louait un chevalier qui avait épargné un ennemi :

- Ah ! Que moins vous priserais, biau sire, si l’aviez oultrecuidé et féri à oultrance !

Et les malheureux vaincus s’écriaient :

- Dieu doinct longue vie au bon roy ![xcix]

La légende de Saint Louis était en marche.

 

Après la prise de Frontenay

 

Hugues X de Lusignan n’avait eu garde de défendre en personne ses châteaux et places-fortes. Il était allé accueillir le roi d’Angleterre qui venait de débarquer à Royan le 13 mai, avec une armée réduite et des coffres remplis. Hugues ne l’a-t-il pas assuré que toute la noblesse du Poitou et d’Aquitaine n’attendait que sa venue et la vue de son or pour venir vendre sa soumission[c] ? La rencontre eut lieu à Pons, où l’alliance fut réaffirmée, un nouveau serment d’allégeance prêté. C’est le 18 juin, pendant que le roi de France siège de Frontenay, qu’Henri III lui déclara la guerre.

Cependant, le Plantagenêt ne montrait aucune hâte à secourir les places-fortes de son vassal. Et pendant que les Français s’emparaient de Coulon, Sansais, le Bourdet, Saint-Gelais, Cherveux, Prahecq, Tonnay-Boutonne[ci], le fils de Jean sans Terre s’attardait tour à tour à Pons,  Saintes ou Bordeaux, tenant sa cour au milieu des fêtes. Ainsi « par les belles soirées d’été n’y oyoit-on parler que de jeux, de festins, pas d’armes, bals et lectures de romans en lesquels le prince anglois fortement se délectoit de beaux faicts qui y estoient.[cii] »

Quand les Français atteignirent les bords de la Charente, le roi d’Angleterre sortit enfin de son apathie. Il rassembla ses troupes éparses et celle de ses alliées et marcha à la rencontre de son adversaire. Les deux armées ennemies se trouvèrent face à face le 21 juillet à Taillebourg, puis deux jours après, à Saintes.

« Là, il y eut merveilleuse et forte bataille, et grande occision de gens et la bataille dura très longtemps, âpre et dure, mais à la fin les Anglais ne purent soutenir les assauts des Français et se mirent à fuir. Quand le roi d’Angleterre s’en aperçut, tout ébahi, il s’en retourna le plus vite qu’il put vers la cité de Saintes. (...) La nuit du jour de cette bataille, le roi d’Angleterre et le comte de la Marche (Hugues de Lusignan) s’enfuirent avec tout le reste de leurs gens. »[ciii]

Tout est perdu. Pendant qu’Henri III se replie sur Bordeaux, Hugues et Isabelle réfléchissent. A quoi bon poursuivre une lutte qui offre au roi de France le prétexte pour s’emparer de toutes leurs places ? Ne faut-il au moins préserver ce qui peut encore l’être ? Alors, abandonnant Henri III dans sa fuite, ils se résignent à un ultime revirement. Le 26 juillet, ils se présentent au château de Pons où se trouvent Louis IX et son frère Alphonse. Et ravalant leur honte, secoués de sanglots, ils se jettent aux pieds du souverain :

- Très débonnaire sire, ayez de nous merci ! Car avons moult maulvaisement et orgueilleusement ouvré vers vous ! Ô sire ! pardonnez-nous nos méfaicts ![civ]

Vivement ému, Louis IX les relève. Et dicte ses conditions : toutes les places conquises par l’armée royale tomberont entre les mains d’Alphonse. Hugues renoncera à la rente annuelle versée par le roi de France, et livrera plusieurs forteresses, dont il paiera les garnisons. Enfin, il prêtera serment de fidélité à Alphonse pour les terres poitevines qui lui restent[cv].

Ce dernier serment sera le bon. En 1248, Hugues répondra à l’appel à la Croisade lancé par Saint Louis et mourra en Egypte. Deux ans plus tôt, Isabelle s’était éteinte à l’abbaye de Fontrevaud où elle s’était retirée.

D’ailleurs, la résistance des barons est brisée. Epuisé par tant de guerres, le Poitou n’aspire plus qu’à la paix. En 1258, Henri III signe le traité de Paris par lequel il renonce définitivement à la Normandie, l’Anjou, la Touraine, le Maine et le Poitou. Ainsi prend fin « la première guerre de Cent Ans. » Quand Alphonse meurt, sans enfant, en 1271, la province est rattachée au domaine royal. Une longue période de prospérité et de paix commence pour elle, qui se prolongera jusqu’à la seconde guerre de Cent Ans.

 

Des longues luttes d’Hugues et d’Isabelle, que reste-t-il ? Leurs descendants se débattirent au milieu des difficultés financières. La famille s’éteignit au début du XIVe siècle. Mais bon sang ne saurait manquer, elle ne disparut pas sans une ultime révolte : son dernier représentant légua tous ses biens au roi d’Angleterre. Vain défi envers son suzerain légitime : Philippe Le Bel, qui régnait alors sur le trône de France, n’était pas un roi dont on se joue aisément. Prétextant les dettes qui grevaient la succession, il la mit sous séquestre. En 1214, elle passa toute entière dans le domaine royal[cvi].

 

gisants-de-fontevraud.jpg

les gisants dans l'abbatiale de Fontevraud

 Gisant d alienor et d henri ii

Aliénor et Henri, réunis pour l'éternité

Le visiteur qui se promène aujourd'hui dans l’abbatiale de Fontevraud ne peut manquer de tomber en admiration devant quatre gisants du XIIIe siècle, regroupés près du chœur. Le guide lui apprend qu’il s’agit de ceux d’Henri II, d’Aliénor d’Aquitaine et de Richard Cœur de Lion (et d’une quatrième personne dont on oublie toujours le nom). Singulier destin que celui de l’époux, l’épouse et le fils, qui n’avaient cessé de se déchirer pendant leur vie, et qui se retrouvent réunis dans la mort, figés dans leur masque de pierre pour l’éternité. Plus petit, en bois et non en pierre, le quatrième gisant ne retient guère l’attention. Quand le lecteur visitera Fontevraud, peut-être se souviendra-t-il de celle dont on oublie toujours le nom : il s’agit d’Isabelle d’Angoulême.

 

 

 

 

 

Notes

[1] Emile Bourdeau, Frontenay Rohan-Rohan, premiers jalons d’histoire locale, 1940, réédition Rassorts Lorisse 2006, p. 72

[2] Nous tenons à remercier chaleureusement M. Fournier dont l’excellente mémoire a permis de réactualiser le travail du Chanoine Bourdeau.



[i] Sophie Fougère, Isabelle d’Angoulême, reine d’Angleterre, 1998, Edit-France, p. 39

[ii] Emile Bourdeau, Frontenay Rohan-Rohan, premiers jalons d’histoire locale, 1940, réédition Rassorts Lorisse 2006, p. 72

[iii] Emile Bourdeau, op. cit., p. 61

[iv] Emile Bourdeau, op. cit., p. 73

[v] Emile Bourdeau, op. cit., p. 72

[vi] Emile Bourdeau, op. cit., p. 75

[vii] Emile Bourdeau, op. cit., p. 34

[viii] Jean Favier, les Plantagenêts, Fayard, 2004, p.220

[ix] Régine Pernoud, op. cit., p. 160

[x] Régine Pernoud, op. cit., p. 185

[xi] Jean Favier, op. cit., p. 247

[xii] Georges Bordonove, Philippe-Auguste, Pygmalion, 1983, rééd. France-Loisirs, p.36

[xiii] Jacques Levron, Philippe-Auguste, Librairie Académique Perrin, 1979, p. 114

[xiv] Régine Pernoud, op. cit., p. 178

[xv] Régine Pernoud, op. cit., p. 211

[xvi] Jean Favier, op. cit., p. 397

[xvii] Régine Pernoud, op. cit., p. 216

[xviii] Jean Favier, op. cit., p. 399-400

[xix] Régine Pernoud, op. cit., p. 215

[xx] Régine Pernoud, op. cit., p. 219

[xxi] Jean Favier, op. cit., p. 417

[xxii] Régine Pernoud, op. cit., p. 244

[xxiii] Jean Favier, op. cit., p. 527-534

[xxiv] Georges Bordonove, op. cit., p. 80

[xxv] Georges Bordonove, op. cit., p.86

[xxvi] Jean Favier, op. cit., p. 543

[xxvii] Jean Favier, op. cit., p. 544

[xxviii] Régine Pernoud, op. cit., p. 286-287

[xxix] Jean Favier, op. cit., p. 547-548

[xxx] Jean Favier, op. cit., p. 549

[xxxi] Georges Bordonove, op. cit., p. 95

[xxxii] Régine Pernoud, Richard Cœur de Lion, Fayard, 1988, p. 101

[xxxiii] Jean Favier, op. cit., p. 563

[xxxiv] Georges Bordonove, op. cit., p. 105

[xxxv] Georges Bordonove, op. cit., p. 104

[xxxvi] Georges Bordonove, op. cit., p. 105-106

[xxxvii] Jean Favier, op. cit., p. 580

[xxxviii] Jean Favier, op. cit., p. 593

[xxxix] Jacques Levron, op. cit., p. 112

[xl] Jean Favier, op. cit., p. 609

[xli] Jean Favier, op. cit., p.617-618

[xlii] Jean Favier, op. cit., p.641

[xliii] Sophie Fougère, op. cit., p. 31

[xliv] Régine Pernoud, op. cit., p. 301

[xlv] Jacques Levron, op. cit., p. 135

[xlvi] Jean Favier, op. cit., p. 654

[xlvii] Georges Bordonove, op. cit., p. 150

[xlviii] Jacques Levron, op. cit., p. 147

[xlix] Jacques Levron, op. cit., p. 143

[l] Sophie Fougère, op. cit., p. 40-41

[li] Jacques Levron, op. cit., p. 147

[lii] Jacques Levron, op. cit., p. 148

[liii] Jacques Levron, op. cit., p. 149

[liv] Jacques Levron, op. cit., p. 150

[lv] Bélisaire Ledain, Savary de Mauléon, in Revue poitevine et saintongeaise, 1892, rééd. Pyremonde Princi Negue, 2006, p.20

[lvi] Jacques Levron, op. cit., p. 151

[lvii] Régine Pernoud, op. cit., p. 359

[lviii] Régine Pernoud, op. cit., p. 347

[lix] Jacques Levron, op. cit., p. 161

[lx] Bélisaire Ledain, op. cit., p. 21

[lxi] Georges Bordonove, op. cit., p. 156-157

[lxii] Tous les détails de la vie de Savary de Mauléon sont tirés de l’ouvrage de Bélisaire Ledain, Savary de Mauléon

[lxiii] Jean Favier, op. cit., p. 700-705

[lxiv] Bélisaire Ledain, op. cit., p. 36

[lxv] Jean Favier, op. cit., p. 703

[lxvi] Georges Bordonove, op. cit., p. 218

[lxvii] Jacques Levron, op. cit., p. 220-225

[lxviii] Jean Favier, op. cit., p. 709

[lxix] Georges Bordonove, op. cit., p. 217

[lxx] Georges Bordonove, op. cit., p. 217

[lxxi] Jean Favier, op. cit., p. 718

[lxxii] Jean Favier, op. cit., p. 720

[lxxiii] Jean Favier, op. cit., p. 726

[lxxiv] Sophie Fougère, op. cit., p. 68

[lxxv] Sophie Fougère, op. cit., p. 52

[lxxvi] Sophie Fougère, op. cit., p. 56

[lxxvii] Bélisaire Ledain, op. cit., p. 40

[lxxviii] Emile Bourdeau, op. cit., p. 80-81

[lxxix] Bélisaire Ledain, op. cit., p. 82

[lxxx] Sophie Fougère, op. cit., p. 57

[lxxxi] Régine Pernoud, La reine Blanche, p. 154-155

[lxxxii] Sophie Fougère, op. cit., p. 66-67

[lxxxiii] Sophie Fougère, op. cit., p. 74

[lxxxiv] Jacques Le Goff, Saint Louis, Gallimard, 1996, p. 151

[lxxxv] Villeneuve-Trans, Histoire de Saint Louis, T. 1, 1839

[lxxxvi] Sophie Fougère, op. cit., p.74

[lxxxvii] Villeneuve-Trans, op. cit., p. 267

[lxxxviii] Sophie Fougère, op. cit., p. 75

[lxxxix] Emile Bourdeau, op. cit., p.88

[xc] Sophie Fougère, op. cit., p. 76

[xci] Emile Bourdeau, op. cit., p.88

[xcii] Villeneuve-Trans, op. cit., p. 268

[xciii] Villeneuve-Trans, op. cit., p. 276

[xciv] Villeneuve-Trans, op. cit., p. 275

[xcv] Jacques Le Goff, op. cit., p. 153

[xcvi] Villeneuve-Trans, op. cit., p. 280-281

[xcvii] Villeneuve-Trans, op. cit., p. 285

[xcviii] Sophie Fougère, op. cit., p. 78

[xcix] Villeneuve-Trans, op. cit., p. 286

[c] Sophie Fougère, op. cit., p. 78

[ci] Emile Bourdeau, op. cit., p. 97

[cii] Villeneuve-Trans, op. cit., p. 289

[ciii] Jacques Le Goff, op. cit., p. 154

[civ] Villeneuve-Trans, op. cit., p. 314

[cv] Sophie Fougère, op. cit., p. 80

[cvi] Sophie Fougère, op. cit., p. 83-86

 

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