La justice poursuit une jeune fille pour assistance aux chouans

 

dossier judiciaire

Ce 24 avril 1831[1], vers deux heures de l’après-midi, un important détachement de gendarmerie mobile et de gendarmerie départe­mentale, qui effectuait une battue dans les communes rurales entre Bressuire et Cerizay, se dirigea vers la métairie de la Boisse, sur la commune de Clazay.

Claizais et la métairie de Boisse sur le Cadastre napoléonien de 1811

Le bourg de Clazais et la métairie de Boisse sur le cadastre napoléonien de 1811 (sur le site des Archives départementales 79)

 

Depuis plusieurs mois, les bandes de Jean Diot sévissaient dans  la campagne autour de Bressuire. Ces chouans entraient en général dans les riches métairies à la tombée du jour, le fusil sur l’épaule, et  réclamaient « à manger et à boire » : comment leur refuser en les voyant lorgner du côté de la cheminée où la marmite bout tranquillement sur le feu ? Ils avalaient promptement la soupe, sans une parole, parfois sans même s’asseoir, pendant qu’un factionnaire à la porte surveillait les alentours. Une demi-heure après, ils s’en allaient comme ils étaient venus. Seulement, si la métairie était particulièrement prospère, ou réputée favorable au régime en place (les deux allaient de pair dans leur esprit), ils emportaient le fusil de chasse suspendu au-dessus de la cheminée.

Au demeurant, de pauvres diables inoffensifs. C’étaient presque tous des jeunes conscrits de 20 ans qui avaient tiré un mauvais numéro, et que des chefs de bandes, - financés en sous-main par quelques hobereaux de village idéalistes et sans scrupules ­‑ avaient convaincus de ne pas rejoindre leur régiment et de défendre la cause de Charles X et son petit-fils Henri, en promettant que ceux-ci, dès leur retour au pouvoir, les libéreraient de leurs obligations militaires. Ces jeunes gens les avaient cru, et depuis quelques mois ils promenaient leur fusil (selon l’amusante formule de l’un d’eux) dans la campagne, en s’occupant comme ils pouvaient, se logeant on ne sait bien comment, et se nourrissant chez les fermiers et les métayers opulents.

Lorsqu’on s’était contenté de manger sa soupe, le paysan ne se lamentait pas. Mais si en plus on avait emporté son fusil, il bravait bien souvent les risques de représailles, et s’en allait à Bressuire porter plainte auprès du tribunal contre le tort qu’on lui a fait. Et c’est ainsi qu’on trouve dans les pièces judiciaires de la cour d'assises des Deux-Sèvres pour les années 1831-1833 des centaines de cas de désarmements dans des hameaux isolés.

 Mais pour un fermier qui cède à l’intimidation puis fait appel à la justice, combien d’autres ont fourni de plein gré une assistance aux bandes ? A l’égard des réfractaires, la campagne apparaît clairement partagée entre l’hostilité, la complicité et l’indifférence. Mais dans quelles proportions ? Impossible de le dire. Par leur nature même, les pièces judiciaires exagère l’importance de la réprobation. L’indif­férence, ou un mélange complexe d’hostilité et de compré­hension tout à la fois, de compassion et à l’inquiétude, pourrait bien être le sentiment dominant. Quant aux actes de complicité avérée, ils se présentent de façon rarissime dans les dossiers de la cour d'assises. Etaient-ils aussi exceptionnels dans la réalité ? Non, à coup sûr. Tous ces jeunes gens[2] n’auraient pu subsister pendant les mois d’hiver sans une large bienveillance des gens de la campagne, parmi lesquels ils comptaient bon nombre de parents ou d’amis.

Un des deux lieutenants qui commandaient le détachement de gendarmerie, ce 24 avril 1831, précisa que la métairie de la Boisse, vers laquelle il conduisait ses hommes, était exploitée par « le sieur Bodin François, parent d’un individu faisant partie de la bande à Diot ». N’est-ce pas une des raisons pour lesquelles il se dirigeait précisément dans cette direction ?

 Cadastre

La métairie de Boisse en 1811

 

Boisse ajourd'hui (google maps)

La métairie de Boisse aujourd'hui (sur google maps)

 

La chasse à une bande de réfractaires

Après avoir ordonné à leurs hommes de fouiller les bâtiments de la métairie, les deux lieutenants commandant le détachement s’avan­cèrent dans la cour. Une jeune fille qui sortait au même instant de l’étable se mit soudain à courir vers la maison d’habitation.

Hâte suspecte.

Les deux hommes interpellent la jeune fille, qui s’arrête sur le seuil. Et ils l’interrogent : y a-t-il des étrangers dans la maison ?

-         Non, monsieur.

-         Voyez-vous souvent les conscrits réfractaires ?

-         Non, monsieur.

-         N’en auriez-vous pas chez vous, par hasard ?

-         Non, ma foi ! et dans tous les cas ils seraient mal reçus s’il s’en présentait.

Elle ne manquait pas d’assurance, cette petite paysanne. Et pourtant, les officiers remarquèrent qu’elle « paraissait embar­rassée, qu’elle pâlissait et qu’il s’opérait un certain frémissement dans son nez ».

-         Vous en imposez, vous en avez chez vous !

-         Je vous ai déjà dit que non ! D’ailleurs, cherchez si vous le croyez.

Mais en même temps, elle se tient campée bien droite devant la porte, comme pour en barrer le passage aux deux hommes. Il faut qu’ils la poussent fermement sur le côté pour pouvoir enfin entrer.

Ils se trouvent dans la pièce principale de la maison, qui donne à l’autre bout sur une porte de derrière. Détail inhabituel : cette porte est ouverte. Pourquoi ?

Mais les deux lieutenants n’ont pas le temps de faire de profondes réflexions : un coup de feu vient d’éclater au-dehors, puis les cris : « Arrête ! arrête ! », tandis qu’ils voient les gendarmes passer en courant.

Aussitôt ils se précipitent à la rencontre de leurs hommes. Devant eux, au loin, à 300 pas environ, un homme s’enfuit à toutes jambes. On se met à sa poursuite. Au gré des plis du terrain, il apparaît et disparaît aux regards. On le pourchasse ainsi sur une distance de près de 3 km. Enfin, au milieu de champs de genêts, il réussit à échapper à la vue de ses poursuivants. Il faut se rendre à l’évidence : on ne réussira pas à lui mettre la main dessus. Le détachement est forcé de rebrousser chemin. Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris.

Mais cette poule, elle existe bien, c’est cette fille qui nous a retardés avec ses réponses mensongères. Quelle belle occasion a été perdue ! Il avait suffi de si peu de chose. Une minute plus tôt, on aurait capturé l’homme. Cette minute que nous a fait perdre la maudite gamine.

Alors le détachement s’en retourne vers la métairie de la Boisse. Non, on ne reviendra pas bredouilles à la brigade. A défaut des bandits, on mettra bien la main sur une de ses complices.

 

Une jeune fille au comportement suspect

A la métairie, les gendarmes trouve la jeune fille ainsi que ses parents qui sont revenus entre-temps du village de Brétignolles où ils assistaient à la messe. Tous nient farouchement avoir hébergé des réfractaires. En ce qui concerne les parents, les gendarmes avoueront « que leur version nous paraît assez vraisemblable ». Mais pour la jeune fille, c’est bien autre chose.

Or, voici qu’entre Billy, 32 ans, le domestique des Bodin. Lui, n’a rien aucun intérêt à nier la vérité ; il n’oserait faire un faux témoignage devant les gendarmes qui l’interrogent.

Et ce qu’il raconte est édifiant.

Dans la matinée, vers 11 heures du matin, pendant qu’il traversait la cour, 5 hommes dont 4 se présentèrent armés de fusils. Ils demandaient à manger ; le domestique leur répondit qu’il n’était pas le maître. Alors ils entrèrent dans la maison où se trouvait la fille Bodin. Que s’est-il passé là ? Que se sont -ils dit ? Les choses se sont-elles passées de bonne grâce ou sous la contrainte. Il ne saurait le dire, n’étant pas présent. Tout ce qu’il peut dire, c’est qu’étant entré un moment après dans la maison, il a vus le 5 hommes attablés qui mangeaient le repas que Marie Bodin leur avait servi, et il s’est assis à son tour pour boire un coup avec eux (« de l’eau car nous n’avons pas de vin »).

Quand les 5 hommes ont quitté la maison, sont-ils allés se reposer dans les bâtiments avoisinants ? Le domestique ne l’a pas vu positi­vement, mais qu’est-il besoin pour cela de son témoignage ? Les gendarmes, eux, ont bien vu un homme s’enfuir et ont même tiré sur lui comme un lapin.

Ils peuvent maintenant se retourner vers Marie Bodin, avec un petit air goguenard et triomphant. Eh ! bien, va-t-elle continuer à nier ? La jeune fille se trouble bien un peu, elle doit admettre qu’elle a donné à manger à 5 hommes ; mais elle n’avoue rien de plus, et pressée de questions, confrontée à ses mensonges, elle finit par répliquer sèchement « qu’elle n’est pas obligée de leur dire la vérité ». 

Soit ! les gendarmes dressent procès-verbal de l’événement, et ils se retirent. Naturellement, les choses ne vont pas en rester là.

 

La relaxe en premier ressort

Quelque jours plus tard, Marie Bodin est incarcérée dans la maison d’arrêt de Bressuire. Elle y restera un mois et demi, pendant que la justice poursuit son instruction.

A deux reprises, elle sera conduite devant le juge pour être interrogée.

« D. quels sont vos nom, prénom, état, âge, profession, lieu de naissance et demeure.

R. Maire Bodin, âgée de 14 ans, née et demeurant à Boisse, commune de Clazais, métayère. »

Relevons l’âge de Marie : 14 ans seulement. A peine une adolescente.

Elle explique :

« j’étais toute seule à la maison. C’était vers 11 heures et demie. Ces jeunes gens sont entrés ; ils n’avaient point leurs fusils ; j’ignorais si c’étaient des conscrits ; ils ont demandé à manger ; vous sentez qu’il n’était pas en mon pouvoir de les refuser ; ils ont pris une croûte ; (...); aussitôt après avoir fini de manger, ils sont sortis ; je les croyais bien loin lorsque les gendarmes sont arrivés ; ils m’ont demandé si j’avais vu des conscrits réfractaires ; je me suis trouvée saisie de voir tant d’hommes armés ; j’ai eu tort je l’avoue de répondre que je n’avais point vu de conscrits, mais au reste je ne pouvais avoir tout au plus que des doutes sur les jeunes gens qui avaient mangé à la maison. »

Mais en prétendant ignorer si c’étaient des réfractaires, Marie prend un peu le juge pour un idiot. Et celui-ci n’est pas homme à s’en laisser conter.

« D. Billy a déclaré qu’il avait vu entrer les 5 jeunes gens dans votre maison, et que 4 avaient des fusils ; il est étonnant que vous souteniez n’avoir pas vu ces fusils.

R. je suis prête à faire serment que je n’ai pas vu ces fusils ; il est possible qu’avant d’entrer dans la maison, ils les aient déposés dans la fenêtre de la grange qui est tout auprès de la porte de la maison. »

Ils auraient quitté leurs armes ? Voilà qui est contraire à toutes les habitudes et à la plus élémentaire prudence. 

Au reste, les charges qui pèsent contre Marie sont bien fragiles. On ne compte pas les paysans dans des fermes isolées qui ont donné « à boire et à manger » aux bandes, et la justice ne songe pas à les poursuivre. Ce qu’on peut seulement reprocher à la jeune fille, c’est de les avoir servis sans contrainte, et leur avoir permis de s’installer dans les bâtiments de la métairie. Mais de cela, nul ne peut témoigner contre elle, puisque le domestique était absent.

De sa probable complicité, on n’a que des indices : sa hâte à rejoindre sa maison comme pour avertir ses hôtes, ses dénégations mensongères devant les gendarmes.

Mais cela même elle le conteste :

« Il est faux que j’aie cherché à les empêcher d’entrer. J’étais si saisie que je n’ai point eu l’idée de les prier d’entrer. Je proteste devant Dieu qu’il n’y avait personne dans la maison quand les gendarmes m’ont parlé, et qu’il y avait plus d’une heure que les jeunes gens qui y avaient mangé en étaient sortis. »

Et son ton un rogue, sa pâleur, sa manière de leur barrer le passage ? Mais Marie a réponse à tout :

« Ils trouvent extraordinaire que j’aie paru embarrassée ; j’étais seule ; mon père et ma mère étaient à la messe ; de plus âgées que moi auraient été surprises de se voir entourées par une trentaine de gendarmes avec des moustaches. Ils ne tiennent pas compte non plus de l’embarras des habitants de la campagne exposés à chaque instant à la vengeance des conscrits. »

A toutes les questions qu’on lui pose et que nous nous posons aussi deux siècles après, elle réplique toujours avec la même habileté trop visible pour être vraiment adroite :

D. Vous n’ignorez pas qu’on recherche tous les jours les réfractaires ; pourquoi donc refusiez-vous de dire aux officiers de gendarmerie que 5 individus étaient venus chez vous dans le jour ?

R. je l’ai dit lorsqu’ils me l’ont demandé la seconde fois.

 

Au fond, que croire ?

Quand elle a servi les 5 jeunes gens, quand elle les a laissés s’installer dans les bâtiments de la ferme, l’a-t-elle fait sous la contrainte, ou de plein gré et en totale adhésion à leur cause ? Et quelle cause ? Celle qui veut renverser le gouvernement le Louis-Philippe ou celle qui s’oppose à la conscription militaire ? Qui peut faire la part dans son cœur entre la bonne volonté et l’intimidation ?

Le 30 mai, devant le tribunal jugeant en matière de police correctionnelle, le procureur du Roi demanda la condamnation de la prévenue en vertu de l’article 99 du Code Pénal (« Ceux qui, connaissant le but et le caractère desdites bandes, leur auront, sans contrainte, fourni des logements, lieux de retraite ou de réunion, seront condamnés à la peine de travaux forcés à temps », modifié par l’article 37 du même code qui prévoit le remplacement des travaux forcés par la maison de correction pour les accusés de moins de 16 ans.

Le tribunal, heureusement, en jugea autrement.

Il observe d'abord « que si elle leur [les réfractaires] a donné à manger, rien ne prouve que ce fût par suite d’un accord entre elle et eux » et qu’« on ne peut dire que dans sa position elle leur ait fourni de la nourriture de son propre mouvement et sans contrainte ». Egalement,  « s’il demeure constant d’après les débats que les 5 individus se soient retirés dans les étables de la ferme pour s’y reposer après leur repas, il n’est pas suffisamment justifié que ce soit de l’aveu et du consentement de Marie Bodin qui seule d’ailleurs n’aurait pu les empêcher d’entrer dans ces étables. ». Enfin « on ne trouve pas dans sa conduite cette connivence qui, pour qu’il y ait culpabilité, doit exister entre la personne qui fournit des logements, lieux de retraite et de réunion et les individus qui font partie de bandes ». « Si elle a eu le tort de ne pas déclarer à la gendarmerie, sur les premières questions qui lui ont été adressées, que ces 5 individus étaient venus manger chez elle, son jeune âge et l’impression qu’a dû naturel­lement lui causer la présence d’un assez grand nombre de militaires armés, ont pu la pousser à un mensonge qui, bien que répréhensible, ne présente pas les caractères d’un crime ni d’un délit. »

On ne pouvait mieux dire. La décision dès lors allait de soi : « Le tribunal jugeant en premier ressort relaxe Marie Bodin. »

 

Coup de théâtre

Le croira-t-on ? La décision si raisonnable du tribunal ne découragea pas le procureur du Roi. Marie Bodin était coupable, il n’en avait aucun doute.

Puis, il était temps de mettre fin aux agissements des bandes de chouans qui infestaient la campagne depuis de longs mois déjà. Que penserait-on dans les métairies si l’on apprenait qu’on avait enfin réussi à mettre la main sur une de leurs complices, et que la justice l’avait acquittée ? Comment expliquer aux paysans que l’assistance aux rebelles est répréhensible, et qu’ils s’exposent à de lourdes conséquences pénales ? Non, il fallait sévir : ce n’était pas seulement une question de justice, mais une question de prévention, et de bonne politique. Il fallait faire un exemple, et tant pis si celle sur qui on s’acharne est une jeune fille de 14 ans.

Deux jours après, le procureur du Roi interjette appel du jugement et, le 10 juin 1831, Marie est extraite de la maison d'arrêt de Bressuire pour être conduite « de brigade en brigade » dans la maison d'arrêt de Niort.

Le procureur du Roi escompte qu’un nouveau tribunal sera plus sensible au contexte de l’affaire présente, à ses conséquences, et montrera moins d’indulgence envers le sexe et le jeune âge de la prévenue.

Cet âge, justement, n’est pas sans intriguer l’homme de la justice. N’a-t-elle vraiment que 14 ans, cette paysanne qui répond si crânement aux interrogatoires ? Elle le prétend, confirmée en cela par un extrait d’acte de naissance de la commune de Clazais, qui déclare la naissance le 8 juin 1817 d’une Marie-Louise Bodin.

Et pourtant...

Pourtant, le procureur du Roi veut en avoir le cœur net. Le 4 juillet, il se rend lui-même au greffe du tribunal pour y consulter le registre des actes de naissance de la commune de Clazais. Et là soudain, c’est la stupeur : il découvre la naissance d’une prénommée Marie, fille de François Bodin et Marie Boche, à la date du 19 novembre... 1813.

Voyez cette effrontée ! Devant la justice du Roi, Marie s’est fait passer pour sa sœur cadette Marie-Louise, et elle s’est rajeunie de 3 ans. Or, à 17 ans au lieu de 14, ce n’est plus une enfant mais une fière adolescente qui se trouve devant de la justice.

Interrogée une nouvelle fois, il lui faut bien chanter une autre chanson :

D. Quels sont vos nom, etc.

R. Je me nomme, Marie Bodin, âgée de 17 ans, etc.

Et cela change tout, car à plus de 16 ans, elle ne peut pas bénéficier de l’article 67 du Code Pénal. Et son cas ne relève plus du tribunal correctionnel, mais de la cour d'assises.

 

Le 8 octobre 1831, près de 6 mois après les faits, le procès de Marie s’ouvre.

Les 12 hommes qui composent le jury vont avoir une tâche difficile, celle de répondre à la question qui leur est posée :

« Marie Bodin, accusée, est-elle coupable d’avoir, en avril dernier, sans contrainte, fourni un logement et un lieu de retraite ou de réunion à 5 révoltés de la bande de Diot, qui s’est constitué depuis le mois de décembre 1830 le chef d’un complot ou attentat ayant pour but de détruire ou de changer le gouvernement et l’ordre de successibilité au trône et d’exciter la guerre civile en armant et en portant les citoyens à s’armer les uns contre les autres, ladite Marie Bodin sachant que ces 5 révoltés faisaient partie de ladite bande de Diot dont elle connaissait le but et le caractère. »

Dans cette question, tout est incontestable sauf deux points précis :

1) Savait-elle que les 5 individus faisaient partie des bandes de Diot ? Elle prétend que non, mais on ne peut la croire.

 2) A-t-elle sans contrainte, fourni un logement aux réfractaires ? En absence de témoin direct, personne ne peut trancher.

Alors, que décider ? L’officier qui commanda la battue du 25 avril avait signalé un détail dont on se souvient peut-être : le sieur Bodin est « parent d’un individu faisant partie de la bande à Diot. » (son père, sans doute ?) Si le fait est vrai, on ne peut douter que Marie ait eu à cœur de venir en aide à ces jeunes gens. Comment, en les voyant dans la nécessité où ils se trouvaient, n’aurait-elle pas pensé à son frère ? Comment leur aurait-elle refusé le gîte et le couvert, en pensant qu’au même instant, à dix ou vingt km de là, ce frère sollicitait la même assistance ?

Si tel est le cas, n’en doutons pas : Marie Bodin est bien coupable, et c’est sûrement une multi-récidiviste, tout comme ses parents. Coupable au regard de la justice. Mais au regard de la morale, au regard de l’humanité ?

Ce n’est pas sans soulagement que l’on peut lire aujourd'hui la réponse donnée par le jury ce 8 octobre 1831 en regard de la question posée. Elle tient en un simple mot : non.

La justice au XIXe siècle n’était pas toujours aussi brutale, aveugle et dénuée de discernement qu’on est enclin aujourd'hui à le croire.

 
 
déclaration du jury à la question posée 
La question posée au jury et la réponse de celui-ci
 
 
 Notes
 


[1] Cette chronique est tirée du dossier judiciaire conservé aux Archives Départementales des Deux-Sèvres, sous la cote 2U149.

[2] Le sous-préfet établira une liste de 78 réfractaires pour le seul arrondissement de Bressuire, le 6 juillet 1831. cette liste figure dans le dossier 2U154 conservé aux Archives Départementales des Deux-Sèvres.

 

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